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A. RÆDER
La Ligue ionienne a aussi fonctionné après Alexandre le Grand et
a de même jugé des différends entre ses membres. Il semble ce
pendant que le conseil de la ligue ait, à cette époque, fonctionné
comme tribunal d’arbitrage. C’est du moins lui qui au début du
troisième siècle jugea très vraisemblablement dans un différend
survenu entre Lébédos et une ville voisine ; l’affaire portait sur le
sacerdoce de Zéus Bulaios et de Héra 1 . Une inscription affichée à
Panionion nous apprend que Lébédos se le vit attribuer.
La situation de la Crète jette une vive lumière sur cette question,
car les villes de l ile formaient un veritable petit monde grec sé
paré. Au II e siècle nous ne connaissons pas moins de quarante
villes crétoises indépendantes 2 . Ces nombreuses villes avaient été
trop souvent dans le cour des temps en état d’hostilité les unes
contre les autres ; les différends de frontières avaient sans cesse appar
tenu à l’ordre du jour 3 .
Tout au moins au III e et au II e siècles un nombre d’états,
variable suivant les temps, forma un état fédératif 4 . C’étaient les
deux plus puissantes villes de la Crète centrale, Gnosse et Gortyne
qui attirèrent pour ainsi dire, d’accord, les villes crétoises dans la
ligue 5 ; seule la ville de Lyttos resta en dehors. Cette réunion
eut lieu juste avant l’an 221, lorsque le roi égyptien Ptolémée
Evergète avait tout à dire dans ces eaux ; il ne fut sans doute pas
étranger à cette réunion. Peu après la mort de Ptolémée en 221, la
Ligue crétoise fut affaiblie et en tout cas en partie dissoute. La
guerre civile désola à nouveau la Crète ; entre autres les deux villes
de Gnosse et de Gortyne, suivies de leurs alliées, étaient en pleine
hostilité l’une contre l’autre. La guerre engagée entre ces deux villes
fut, comme nous l’avons vu, arrêtée par l’intervention de la ville de
Magnésie en Asie Mineure qui les fit se soumettre à l’arbitrage du roi
égyptien Ptolémée Philopator 6 . Une inscription trouvée à Magnésie
1 XXXII ebo^ev ’Icôvcov xr\ ßouAfi — 2 Blass chez Collitz III, 2, p. 232. — 8 Ari
stote Pol. 1269 C : tcu; yeiTVia)ôa<; xôAeiç, xaíxep xoAepoùcai; àAA^Aatc. — 4 tò xotvôv
tâ)v Kpt\xatécov, - 6 Polybe, IV, 53, 4. Strabon X, 11 (478). - 6 n° XLIV.