LES QUESTIONS FONDAMENTALES DU MARXISME . 15
Nous avouons ne pas voir très clairement ce que pense sur
cette question Fr. Mehring, le meilleur et peut-être l’unique
connaisseur de la philosophie parmi les social-démocrates
allemands. Par contre, il nous est parfaitement clair que
Marx et Engels voyaient en Feuerbach un matérialiste.
I est vrai qu’Engels souligne l’inconséquence de Feuer-
bach. Mais cela ne l'empêche aucunement de reconnaître
les principes fondamentaux de sa philosophie comme pure-
ment matérialistes (7). Et il ne peut en être autrement pour
quiconque se donne la peine d’étudier à fond la doctrine
de Feuerbach.
En disant cela, nous nous rendons parfaitement compte
que nous risquons d’étonner un grand nombre de nos lec-
teurs. Mais cela ne doit pas nous effrayer, car il avait raison
le penseur antique qui disait que l’étonnement était le com-
mencement de la science. Et pour que nos lecteurs ne res-
tent pas, pour ainsi dire, au stade de l’étonnement, nous
leur recommandons; avant tout, de se demander ce que
Feuerbach voulait exprimer au juste, lorsque, esquissant
brièvement, mais d’une façon très caractéristique, son
curriculum vitæ philosophique, il écrivait : « Dieu fut ma
première pensée, la raison ma seconde, et l’homme ma
troisième et dernière ». Nous affirmons que cette question
trouve incontestablement sa solution dans ces mots très
significatifs de Feuerbach lui-même : « Dans la discussion
entre le matérialisme et le spiritualisme, il s’agit… de la
tête humaine... Une fois fixés sur la matière dont le cerveau
est fait, mous arriverons bientôt à une vue nette en ce qui
concerne également toute autre matière, en ce qui concerne
la matière en général » (*). Ailleurs, il déclare que son
anthropologie, c’est-à-dire son humanisme, signifie nnique-
ment que Dieu. n’est autre chose que l’esprit humain lui-
même (**). Ce point de vue anthropologique, remarque
Feuerbach, n’était pas étranger déjà à Descartes lui-même
(***). Mais que signifie tout cela? Cela signifie que Feuer-
bach avait pris « l’homme » pour point de départ de ses rai-
(*) Ueber Spiritualismus und Materialismus, Œuvres, X, p. 128.
(°*) Œuvres, IV, p. 249.
(°*") Ibid, p. 249.
Li