Full text: Oeuvres complètes

CHAP. I. — DE EA VALEUR. \1 
Tous les instruments nécessaires pour tuer les castors et les daims 
pourraient aussi n’appartenir qu’à une seule classe d’hommes, une 
autre classe se chargeant du travail de la chasse; mais leur prix com 
paratif serait toujours j)roportionné au travail employé, soit pour se 
procurer le capital, soit pour tuer ces animaux. Que les capitaux 
tussent abondants ou rares par rapport au travail ; qu’il y eût abon 
dance ou disette des aliments et autres objets de première nécessité, 
les personnes qui auraient consacré une valeur égale de capital à un 
de ces deux emplois, pourraient retirer une moitié, un quart, ou un 
huitième du produit, le reste servant de salaire à ceux qui au 
raient fourni leur travail. Mais cette division d’intérêts ne saurait 
affecter la valeur réelle des produits ; en effet, soit que les profits du 
capital s’élèv ent à cinquante, à vingt, ou à dix pour cent, soit que les 
salaires des ouvriers s’élèvent ou s’abaissent, l’effet en sera le même 
dans les deux emplois différents. 
Qu’on suppose les occu])ations de la société plus étendues, en sorte 
que les uns fournissent les canots, les filets et les appareils néces 
saires a la pêche; et les autres, les semences et les instruments gros 
siers ( ont on se sert en commençant une culture: il sera toujours vrai 
f e ire cependant que la valeur échangeable des objets produits est 
proportionnée au travail employé à leur production, et je ne dis pas 
seulement a leur production immédiate, mais encore à la fabrication 
des instruments et machines nécessaires à l’industrie qui les pro 
duit. 
Si nous envisageons^un état de société encore plus avancé, où les 
arts et le commerce fleurissent, nous verrons que c’est toujours le même 
principe qui détermine les variations dans la valeur des marchandises. 
Eli estimant, par exemjile, la valeur échangeable des bas de coton^ 
nous verrous qu’elle dépend de la totalité du travail nécessaire pour 
les fabriquer et les porter au marché. Il y a d’abord le travail néces 
saire a la culture de la terre où l’on a récolté le coton brut; puis celui 
qui a servi à le transporter dans le pays où l’on doit fabriquer les bas, 
et qui comprend une partie du travail employé à la construction 
du navire qui doit porter le coton, et qui est payé dans le fret des 
marchandises. Puis, vient le travail du iileur ef du tisserand, 
et une [lartie de celui de l’ingénieur, du serrurier, du charpentier, 
qui ont construit les bâtiments et les machines; enfin les services du 
détaillant et de plusieurs autres personnes qu’il serait inutile d’énu- 
uiérer. La somme totale de toutes ces sortes de travaux détermine la 
quantité des divers objets qui doit être échangée contre ces bas; et 
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