Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

PROGRÈS DES RUSSES. 
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par des avantages équivalents que s’attribua l’Autriche; sans 
déclaration de guerre, en dépit même de l’alliance conclue 
avec le sultan en 1771, uniquement par la consciencieuse 
application du principe commode de l’égalité des parts, elle 
occupa la Bukowine, et le sultan duty consentir (1775). 
On lui fit entendre que l’Autriche l’avait sauvé en 1771 
d’une ruine imminente, et que la reconnaissance est une 
belle vertu. 
Mais Catherine II introduisit dans le traité de Kaïnardji 
d’autres stipulations où l’égalité ne pouvait être assurée. 
La Porte s’engageait à prendre en considération les repré 
sentations qui seraient faites par le gouvernement russe en 
faveur de l’Église grecque de Constantinople et de ses des 
servants, et à accueillir, avec les égards qui conviennent 
entre puissances amies et respectées, les démarches des 
ministres russes en faveur des principautés de Moldavie et 
de Valachie. Stipulations vagues, qui ouvraient la voie aux 
interprétations les plus étendues, qui dissimulaient mal ce 
double fait parfaitement compris par les agents diplo 
matiques de l’Autriche : la tsarine obtenait en réalité le 
protectorat des principautés roumaines et le protectorat des 
chrétiens de l’empire ottoman, c’est-à-dire le droit d’inter 
venir dans les affaires intérieures de cet empire. « Tout 
l’échafaudage des stipulations du traité de Kaïnardji, écri 
vait alors Thugut, agent autrichien à Constantinople, plus 
tard chancelier de l’empire, est un modèle d’habileté de la 
part des diplomates russes, et un rare exemple d’imbécillité 
de la part des négociateurs turcs. Par l’adroite combinaison 
des articles de ce traité l’empire ottoman devient dès au 
jourd’hui une sorte de province russe L » 
Marie-Thérèse et Kaunitz furent naturellement très 
effrayés du danger de l’ambition moscovite, mal détournée 
et pour peu de temps sans doute par le démembrement de 
la Pologne. Jusqu’à la mort de l’impératrice, le gouverne 
ment autrichien se tint sur la réserve, surveillant jalouse 
ment les agissements de la politique russe, et peu disposé 
à laisser se produire sur le Danube de nouveaux troubles 
dont Catherine II ne manquerait pas de profiter. 
Cette sagesse n’était pas pour plaire au fils de Marie- 
Thérèse, le brouillon Joseph II. Dans le bouleversement 
général de l’Europe à la fin du xvin® siècle, il fit tout pour 
1. Sorel, La question d’Orient au xvin« siècle, p. 260-261.
	        
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