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per à toute influence étrangère. N’avait-elle pas failli, dans
la première moitié du siècle, rajeunir la puissance musul
mane de la Nubie à la Mésopotamie ? Du moins elle était
le solide trait d’union entre l’Afrique et l’Asie de Mahomet
et ménageait de l’une à l’autre la grande route des pèlerina
ges et du commerce des esclaves.
Tout à coup l’isthme de Suez est coupé par un canal. Le
principal intérêt du canal était d’ouvrir une route plus courte
vers l’Inde, et il serait ridicule de voir en Ferdinand de
Lesseps une sorte de croisé poursuivant, comme un nouveau
Christophe Colomb et plus hardiment, la croisade contre les
infidèles. Cependant son œuvre hrisa irrémédiablement l’Is
lam ; car, le long du canal et de la mer Rouge, l’action de
l’Europe fut dès lors prépondérante et forcément funeste aux
destinées musulmanes, autant au moins que pourrait l’être
la prise de Constantinople aux Turcs.
Les peuples mahométans sentirent le danger, accentué
encore en ce temps par la guerre des Balkans, par l’expan
sion russe dans le Turkestan. Sous la pression de l’Europe
chrétienne, leur foi parut se réveiller, capable d’une nou
velle propagande. Elle entreprit la conquête de la Chine, et
certains la croient destinée à se substituer au bouddhisme.
« Le mahométisme semble d’ores et déjà assuré de rempor
ter la victoire sur les religions qui se partagent ou cherchent
à se partager le continent chinois^ ». Mais c’est l’Afrique
qui demeure la terre d’élection de l’Islam ; c’est là que son
expansion contemporaine a été le plus active et le plus fruc
tueuse ; c’est en ce siècle qu’il conquit presque tout l’inté
rieur du continent, pendant que les Européens l’assiégeaient
par toutes ses côtes.
Ce mouvement considérable est difficile à suivre. Il est
l’œuvre de sociétés secrètes qui échappent par nature à
l’analyse ; il apparaît par des manifestations isolées, chaque
fois que les Européens pénètrent trop avant dans le pays où
s’exerce son action. Ses limites seules se précisent à mesure
que la colonisation européenne prend contact avec lui.
Il est néanmoins dès aujourd’hui certain qu’il a gagné
presque toutes les populations africaines jusqu’au Congo,
1. Montet, Les missions musulmanes au xix* siècle (Revue de This
toire des religions, mai-juin 1883). — Cf. encore sur ce sujet Dabry
de Thiersant, Le mahométisme en Chine et dans le Turkestan oriental.
— II. de Castries, L’Islam, p. 184.