86
LE GRAND DESSEIN DE NAPOLÉON.
côtes égyptiennes, y débarque des troupes, enlève Alexan
drie (17 mars). Il compte profiter de l’anarchie qui do
nouveau trouble la vallée du Nil sous le gouvernement des
Mameluks. Mais les temps sont changés depuis 1801. Le
sultan a envoyé en Égypte, pour contrebalancer l’influence
des Mameluks souvent rebelles, des troupes albanaises
plus dociles, sous un chef intelligent et brave, Méhémet-
Ali. Le pacha d’Égypte, Khosrew, n’est qu’un jouet aux
mains des Mameluks ; ils veulent qu’il éloigne les Albanais ;
Méh.'îmet-Ali le dépose et le renvoie à Constantinople ; de
là entre eux une haine personnelle qui se retrouvera. Le
successeur de Khosrew est massacré ; un autre est déposé ;
dans ce désordre, Méhémet-Ali habilement gagne quelques
Mameluks, se fait élire pacha par eux et par ses Albanais;
il est maître de l’Égypte ; le Divan confirme ses pouvoirs
(juillet 1805). Il augmente alors ses troupes albanaises sur
lesquelles il peut compter. Les Mameluks sont mécontents ;
ils s’entendent avec les Anglais ; et c’est ainsi qu’Alexandrie
tombe aux mains de l’amiral Fraser. Celui-ci veut refaire à
son profit la campagne d’Égypte ; il marche sur Rosette, il
est battu, se renferme dans Alexandrie, y est assiégé, capi
tule en septembre 1807, et se rembarque.
Ces défaites de l’Angleterre resserraient l’alliance entre
le sultan et Napoléon, et l’empereur put compter que les
Turcs, en agissant sur le Danube, feraient une diversion
utile à ses opérations contre la Russie, immobiliseraient du
moins une bonne partie des troupes du tsar.
Il trouva d’autres alliés encore, jusqu’en Asie : « si la
Turquie fut notre droite, la Perse fut notre extrême-
droite ». Les Russes étaient en guerre avec la Perse, du
jour où ils avaient franchi le Caucase; en 1783, le tsar de
Géorgie, Héraclius, reconnut leur protectorat; en 1801, à
sa mort, il leur laissa ses États. Le shah de Perse, Feth-
Ali-khan, s’y opposa, envoya des troupes sur la Koura;
elles furent battues, les Russes occupèrent le Daghestan et
Bakou.
Feth-Ali pensa trouver un appui dans l’alliance française ;
il envoya des ambassadeurs à Napoléon, alors en Pologne.
Ils furent reçus par l’empereur à Finkenstein, et il signa
avec eux le traité du 4 mai 1807: il y avait déclaration
d’amitié et d’alliance entre Napoléon et le shah ; la France
garantissait à la Perse la possession de la Géorgie, s’enga
geait à lui fournir des officiers, des canons, des fusils.