Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LE GRAND PLAN DE NAPOLÉON SUR L’ORIENT. 91 
on lui remit des dépêches; il en prit connaissance, et, se 
tournant vers Alexandre ; « C’est un décret de la Pro 
vidence, dit-il, qui m’annonce que l’empire turc ne peut 
plus exister. » Il venait d’apprendre la chute de Sélim III 
et la révolution du 27 mai. Il parut quelque temps résolu 
à abandonner l’empire ottoman à ses destinées. Après avoir 
tenté de le réformer, de le rajeunir par l’action de l’Oc 
cident, il songea à le démembrer, à lui donner le coup 
mortel, comme pour indiquer aux diplomates de l’avenir 
les deux solutions extrêmes entre lesquelles ils devaient si 
longtemps hésiter. 
La Prusse vaincue, à la merci du conquérant, pensa se 
tirer d’affaire en détournant le danger sur la Turquie. Le 
premier ministre du roi Frédéric-Guillaume III, M. de Har 
denberg, proposa au tsar et à l’empereur un plan de sa 
façon qui devait, pensait-il, satisfaire tout le monde, ex 
cepté sans doute le sultan. La Russie prendrait la Moldavie, 
la Valachie, la Bulgarie, la Roumélie, avec Constantinople 
et les Détroits. La France prendrait la Grèce et les Iles de 
l’Archipel. L’Autriche aurait la Bosnie et la Serbie. La Po 
logne serait refaite et donnée au roi de Saxe ; la Saxe de 
viendrait prussienne. Napoléon ne voulut pas tenir compte, 
du moins pour le moment, de ce projet. Il « cassa les deux 
ailes de l’aigle noir de Prusse » ; de ses provinces occi 
dentales il fit le royaume de Westphalie pour Jérôme; 
de ses provinces orientales, il refit le grand-duché de Var 
sovie sous le gouvernement du roi de Saxe, membre de la 
Confédération du Rhin. 
Il fut pourtant question aussi de l’empire ottoman dans 
le traité de Tilsitt. Dans l’acte patent, de même que l’ar 
ticle 13 stipulait la médiation du tsar entre la France et 
l’Angleterre pour la conclusion d’une paix définitive, de 
même les articles 22 et 23 comportaient l’évacuation de la 
Moldavie et de la Valachie par les Russes, et la médiation 
de Napoléon pour amener la paix entre la Porte et la Russie, 
Parmi les « articles séparés et secrets », le premier attri 
buait à la France les bouches de Cattaro, sur la côte dal- 
mate. Enfin, dans le traité d’alliance, le tsar promettait, si 
sa médiation n’avait pas abouti à un traité de paix avant 
le 1" novembre, de déclarer la guerre à l’Angleterre et 
d’aider la France à appliquer partout le blocus continental; 
de même, si un traité de paix n’intervenait pas dans les 
trois mois entre la Russie et la Porte, « la France ferait
	        
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