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produisent dans les rapports de production et qui devien-
nent nécessaires à la société par suite du développement
de ces forces. Engels explique cela dans les termes sui-
vants : « Les hommes font eux-mêmes leur propre his-
toire, mais jusqu’à présent, même dans les sociétés bien dé-
limitées, ils ne l’ont pas faite avec une volonté d’en-
semble ni selon un plan général. Leurs aspirations s’entre-
croisent, et c’est précisément pour cela que, dans toutes
les sociétés semblables, règne la nécessité, dont le hasard
est le complément et la forme, sous laquelle elle se mani-
feste ». L'activité humaine se définit elle-même ici non
comme une activité libre, mais comme une activité néces-
saire, c’est-à-dire conforme à des lois et pouvant faire
l’objet d’une étude scientifique. Ainsi done, le matéria-
lisme historique, tout en signalant constamment que le
milieu est modifié par les hommes, donne en même temps
pour la première fois le moyen de considérer le processus
de cette modification du point de vue de la science. Et
voilà pourquoi nous sommes en droit de dire que l’inter-
prétation matérialiste de l’histoire fournit les prolégomènes
indispensables à toute doctrine sociologique qui prétendra
au titre de science.
Cela est si vrai que, d’ores et déjà, toute étude d’un
côté quelconque de la vie sociale n’acquiert une valeur
scientifique que dans la mesure où elle se rapproche
de l’explication matérialiste de son sujet. Et, mal-
gré la fameuse « résurrection de l’idéalisme >» en socio-
logie, pareille explication devient de plus en plus cou-
rante là où les savants ne se livrent pas à des méditations
édifiantés et à des discours grandiloquents sur l’ « idéal »,
mais s’assignent la tâche de découvrir le lien causal entre
les phénomènes. Actuellement, des gens, qui non seule-
ment ne sont pas partisans de la conception matérialiste
de l’histoire, mais n’en ont même pas la moindre idée,
s’avèrent matéfialistes dans leurs recherches historiques.
Et alors leur ignorance de cette conception matérialiste
ou leur prévention contre elle, en les empêchant de bien
la comprendre sous tous ses aspects, les amène effective-
ment à ce qu’il convient d’appeler des conceptions unilaté-
rales et étroites.