Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LA  DÉFAITE  DE  NAPOLÉOU.  iOl
lia  Russie  se  rapprochait  par  le  nord  comme  l’Angleterre
par  le  sud.  Sa  longue  guerre  avec  la  Perse  s’était  terminée
en  1813,  le  24  octobre,  par  le  traité  de  Gulistan  ;  elle  resta
maîtresse  de  la  Géorgie  et  de  Tiflis,  annexa  en  outre  le
Daghestan,  le  Chirwan  et  la  côte  de  la  Caspienne  jusqu’à
l’Araxe  ;  elle  eut  le  droit  de  libre  navigation  sur  cette  mer.
Elle  commença  à  rivaliser  à  Téhéran  avec  l’influence  anglaise. ­
  Le  traité  de  Bucharest  l’avait  établie  aux  embouchures ­
  du  Danube  par  l’acquisition  de  la  Bessarabie.  Elle
continuait  de  s’allonger  le  long  des  côtes  septentrionales  de
la  mer  Noire.
Pendant  ce  temps,  l’empire  ottoman,  auquel  les  grandes
puissances  n’osaient  toucher,  de  peur  de  complications  incalculables, ­
  continuait  à  se  disloquer,  par  l’action  naturelle  de
ses  vices  anciens  et  des  principes  de  la  Révolution  française.
Non  seulement  Ali,  le  pacha  de  Janina,  était  de  plus  en
plus  indépendant.  Non  seulement  Méhémet-Ali  en  Égypte
fortifiait  son  autorité,  massacrait  les  Mameluks  le  1"  mars
1811,  enlevait  aux  Wahabites  les  villes  saintes  de  Médine
et  de  La  Mecque  (1813),  et  commençait  la  transformation
de  l’Égypte  par  l’imitation  de  Bonaparte  ;  c’était  un  vassal
qui  pouvait  être  utile  au  sultan  et  aussi  se  lever  contre  lui.
Mais  surtout  les  peuples  chrétiens  des  Balkans  devenaient
de  jour  en  jour  plus  avides  de  liberté  à  mesure  que  la  domination ­
  musulmane  devenait  moins  redoutable  et  les  enseignements ­
  de  la  France  révolutionnaire  mieux  compris.  Les
Roumains,  depuis  longtemps  gouvernés  par  des  hospodars
particuliers,  et  presque  autonomes,  pénétrés  par  l’influence
russe  pendant  l’occupation  de  1806  à  1812,  retrouvaient
leur  langue  nationale,  «  comme  une  belle  médaille  romaine
sous  une  rouille  séculaire  »,  et  s’apercevaient  ainsi  qu’ils
étaient  plus  Latins  que  Grecs,  tout  près  de  se  défier  déjà  de
l’ambition  russe  qui  venait  de  leur  ravir  la  Bessarabie.
Les  Serbes,  abandonnés  par  les  Russes  au  traité  de
Bucharest,  refusèrent  pourtant  de  se  soumettre,  malgré  les
conseils  du  tsar,  volontiers  taxés  par  eux  de  trahison.  Les
Turcs,  libres  sur  le  Danube,  envoyèrent  de  nombreuses
troupes  en  Serbie,  et  le  héros  de  la  guerre  de  l’indépendance,
Kara-Georges,  fatigué  ou  désespéré,  s’enfuit  en  Autriche,
avec  de  riches  trésors.  Miloch  Obrenovitch,  son  rival,  essaya
d’obtenir  du  grand  vizir  Kourchid-pacha  une  pacification
honorable  ;  on  ne  s’entendit  pas,  et  les  Janissaires  se  remirent ­
  à  massacrer.  En  1814,  toute  la  Serbie  se  souleva  dans
            
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