L’INSURRECTION ET LA RÉPRESSION. 115
ges bien ordonnés, et se prépara à la guerre grecque par
une première série de massacres.
Pendant cet hiver, les Grecs s’épuisèrent en querelles
intestines ; beaucoup commencèrent à désespérer, à cause
de l’inaction de la Russie, des intrigues de la diplomatie
européenne auxquelles ils ne comprenaient rien, du dénù-
ment où végétaient leurs bandes et les équipages de leurs
flottilles. Celles-ci, un moment glorieusement unies sous
l’énergique commandement de Miaoulis, se disloquèrent
faute de ressources. Ibrahim sentit plus de liberté autour
de l’île de Crète ; à peine l’hiver fini, il prit la mer et, sans
rencontrer d’obstacles, aborda à Modon le 26 février 1825.
Son seul débarquement était une terrible défaite pour les
Grecs : que pouvaient-ils faire contre les soldats bien
aguerris et disciplinés du pacha d’Égypte? Les succès
d’ibrahim furent rapides. Les années 1825 et 1826 marquè
rent la grande crise de l’insurrection grecque.
Aussitôt en effet Ibrahim court à Coron assiégé, ravi
taille la place, disperse les assiégeants, et, commençant
par la pointe sud-ouest la reconquête de la Morée, il investit
Navarin, l’ancienne Pylos, jadis illustrée déjà par de
fameuses opérations de guerre. L’épouvante est générale
en Grèce à cette nouvelle. Le capitaine Tsamados jure de
mourir ou de sauver Navarin et part sur sa flottille ; devant
Navarin, il enlève Pilot de Sphactérie et s’y établit pour
empêcher l’investissement et secourir la place, les Grecs
restant maîtres de la mer. L’artillerie de Souleïman-bey,
postée sur le rivage voisin au-dessus de l’île, la couvre de
ses feux, y rend la position intenable; les soldats de
Tsamados sont obligés de la quitter, de remonter sur les
vaisseaux. Tsamados, fidèle à son serment, refuse de par
tir ; il se fait tuer, avec une poignée de braves, et, parmi
eux, le comte de Santa-Rosa, ancien ministre de la guerre
du royaume de Sardaigne. Dès lors. Navarin est perdue ;
Miaoulis tente une diversion, entre dans la rade de Modon,
avec quelques brûlots, coule plusieurs vaisseaux égyptiens!
C’est en vain. Navarin capitule le 18 mai ; presque tous ses
habitants sont massacrés.
Ibrahim continue sa course dévastatrice , il disperse les
bandes de Colocotronis, prend Kalamata, Tripolitza, pillant
et massacrant, assiège Nauplie, la capitale des rebelles,
pense la surprendre et l’enlever. Il est surpris lui-même!
dans une embuscade que lui a tendue Démétrius YpsiJanti,