Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

'  124  L’INDÉPENDANCE  DE  LA  GRÈCE,
mis  à  l’eau  pour  inviter  les  Égyptiens  à  plus  de  précaution
et  de  respect  ;  en  réponse,  un  boulet  est  envoyé  à  la  frégate
française  la  Sirène.  Indigné,  l’amiral  de  Rigny  fait  feu  de
toutes  ses  pièces  ;  les  Égyptiens  répondent  :  la  bataille  s’engage. ­
  C’est  pendant  trois  heures  une  confusion  indescriptible, ­
  une  canonnade  furieuse  entre  les  110  bâtiments  de
guerre  entassés  dans  cette  petite  rade.  Les  Égyptiens  se
montrèrent  très  inexpérimentés,  ou  furent  égarés  par  la
colère  ;  ils  tirèrent  en  aveugles,  sans  viser,  ou  trop  haut  ou
trop  bas  ;  les  alliés  eurent  un  tir  extrêmement  meurtrier.  A
sept  heures  du  soir  toute  la  flotte  turco-égyptienne  était
brûlée  :  les  Musulmans  avaient  perdu  6.000  hommes,  les
alliés  140.
Les  conséquences  de  cette  bataille  imprévue  furent  considérables: ­
  enthousiasme  général  en  Grèce,  en  Russie,  en
France  ;  —  grande  colère  à  Constantinople  :  le  sultan  déclara
toutes  relations  rompues  avec  les  alliés,  et  leurs  ambassadeurs ­
  quittèrent  la  ville  ;  —  vif  mécontentement  à  Londres  :
l’amiral  Codrington  fut  destitué  ;  le  duc  de  Clarence,  grand
amiral  des  flottes  anglaises,  donna  sa  démission;  le  gouvernement ­
  caractérisa  l’affaire  de  Navarin  «  d’accident  fatal  »;
dans  le  discours  du  trône  du  29  janvier  18i8,  Sa  Majesté
Britannique  se  déclara  «  profondément  affligée  de  cet  événement ­
  sinistre  ».
En  effet,  la  Grèce  allait  se  trouver  à  la  merci  des  fureurs
d’ibrahim.  Cela  et  la  rupture  avec  la  Porte  allait  autoriser
le  tsar  à  des  résolutions  belliqueuses.  Paskiévitch  achevait
la  défaite  des  Persans  ;  il  avait  enlevé  à  la  fin  de  1827  Etchmiadzin,
  Abbas,  Sardar-abad,  gagné  par  la  prise  d’Erivan
le  titre  glorieux  d’Erivanski,  battu  le  fils  du  shah  sur  l’Araxe,
rejeté  l’ennemi  au  delà  de  la  rivière.  11  prenait  alors  Tauris,
marchait  sur  Téhéran  et  imposait  à  Feth-Ali  le  traité  de
Tourkmantchaï  (21  février  1828),  par  lequel  le  shah  cédait
à  la  Russie  les  khanats  d’Erivan  et  de  Nakhitchevan  et  payait
une  forte  contribution  de  guerre.  Le  26  avril  suivant,  Nicolas ­
  I"  déclarait  la  guerre  à  la  Porte;  il  franchissait  lui-même
le  Pruth  le  7  mai  avec  le  général  Wittgenstein,  et  prenait
possession  de  tout  le  pays  roumain  jusqu’au  Danube.  L’amiral ­
  de  Heyden  entrait  avec  sa  flotte  dans  le  détroit  des  Dardanelles. ­

L’empire  ottoman  allait-il  tomber  d’un  coup?  L’Angleterre ­
  ne  le  pouvait  permettre  ;  la  France  était  intéressée
aussi  à  contenir  l’inquiétante  ambition  de  la  Russie,  à  limiter
            
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