L’INTERVEKTION EUROPÉENNE.
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liberté lui ait été minutieusement mesurée, sous ce prétexte
qu’elle était incapable d’en user avec sagesse, pour cette
raison qu’on ne la voulait ni trop grande ni trop libre.
La France et l’Angleterre ne voulaient plus que la Grèce
restât tributaire du sultan, parce que, orthodoxe de reli
gion, elle subirait trop l’influence envahissante de la Russie ;
il fut donc décidé que son indépendance serait absolue. Mais
l’Angleterre trouvait le nouvel État trop étendu en face des
îles Ioniennes; elle obtint que ses limites septentrionales
seraient ramenées à l’Aspro-potamo, au Sperchios et au
golfe de Lamia. Ce fut l’objet du protocole du 3 février 1830.
11 y avait loin de cette Grèce étriquée, réduite à des roches
stériles, privée de tout ce qui pouvait lui assurer quelque
prospérité, la Crète, les îles Ioniennes, la Thessalie, à la
réalisation de la Grande-Idée, c’est-à-dire de l’ancien'
empire athénien de la mer Egée, de l’union en un même
État de tous les pays de population grecque. On ne lui
donna pas davantage Samos, qui avait partagé l’enthou
siasme et les épreuves de la guerre de l’indépendance. Elle
forma pourtant, à partir de 1832, une principauté demi-
indépendante, tributaire de la Porte, gouvernée par un bey
chrétien nommé par le sultan et assisté d’un sénat de
quatre membres. Elle fut d’ailleurs très prospère depuis et
la tranquillité n’y fut plus troublée.
Les Grecs purent donc se persuader que les puissances
ne les avaient sauvés que comme malgré elles, par le seul
jeu de leurs intérêts contradictoires ; ils n’éprouvèrent
aucun sentiment de reconnaissance. Le mécontentement
public a partout pour conséquences les querelles des partis,
se rejetant l’un à l’autre les responsabilités. La Grèce en
fut très troublée ; ce qui donna aux puissances un nouveau
prétexte de la tenir en suspicion. Le parti russe y était
représenté par le chef du pouvoir exécutif Capo d’Istria ; il
avait des ennemis, surtout les Mavromichalis, chefs des
Maïnotes, irrités de l’impuissance où manifestement on
voulait retenir la Grèce, des intrigues au milieu desquelles
elle mendiait quelques pouces de territoire ou quelque
liberté de vivre. Capo d’Istria allait tomber victime de
ces querelles, assassiné en 1831 ; ce qui ne fut pas une
solution.
Elles rendirent plus difficile le choix d’un roi pour la
Grèce. Le traité d’Andrinople avait établi qu’elle serait
constituée en une monarchie chrétienne; le protocole du
E. Driault. — Question d’Orient.
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