Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LE  SULTAN  ET  LE  PACHA.

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de  longues  bandes  de  misérables,  liés  deux  à  deux,  avec
des  entraves  de  bois  au  cou  et  aux  poignets,  la  plupart
accompagnés  en  le  même  équipage  de  leurs  femmes  et  de
leurs  enfants  :  en  tout  70.000  hommes.  Le  pacha  fait  son
choix,  prend  les  12.000  plus  robustes,  renvoie  les  autres
qui  reviendront,  selon  le  même  système,  au  prochain  appel.
En  1830,  le  pacha  vient  d’armer  quatre  vaissaux;  il  lui
faut  des  matelots.  Il  fait  arrêter  tous  les  âniers  d’Alexandrie ­
  ;  ses  soldats  font  une  razzia  de  fellahs  dans  la  campagne; ­
  on  choisit  les  meilleurs;  en  trois  jours,  les  équipages ­
  sont  au  complet.  Au  reste,  la  presse,  que  pratiquèrent
maintes  fois  les  Anglais  pour  finir  l’effectif  de  leurs
vaisseaux,  n’était  pas  différente  du  recrutement  imaginé
par  Méhémet-Ali.
Soldats  et  marins  furent  instruits  par  des  Européens.
Après  la  bataille  de  Navarin,  la  flotte  égyptienne  fut  refaite
par  un  constructeur  de  Toulon,  M.  de  Cérisy.  Un  Français,
le  colonel  Sèves,  plus  tard  Souleïman-bey,  forma  les  officiers
du  pacha.  D’autres  Français,  comme  le  lieutenant  Besson,
dirigèrent  l’armement  des  vaisseaux  et  les  exercices  des
marins  égyptiens.
Lepadla  put  ainsi  Jouer  un  grand  rôle  politique;  il
soumit  les  Wahabites  pour  le  compte  du  sultan;  il
entreprit  pour  son  propre  compte,  dans  l’intérêt  de  sa  terre
d’Égypte,  la  conquête  du  Nil  moyen.  De  1821  à  1823,  il
soumit  la  Nubie,  le  Kordofan;  avec  un  remarquable  coup
d’œil,  dans  une  situation  exceptionnelle,  il  fonda  Khartoum, ­
  la  capitale  du  Soudan  égyptien,  dont  la  grandeur  fut
rapide,  dont  l’avenir  sera  peut-être  plus  brillant  encore.
Sur  les  traces  de  ses  armées,  l’Islam  s’étendit,  et,  dans
le  temps  où  les  puissances  chrétiennes  le  refoulaient  vers
l’Atlas,  sur  le  Danube,  sur  l’Indus  et  au  sud  du  Caucase,  il
échappa  dans  une  autre  direction,  vers  le  Nil  supérieur  et
l’Afrique  centrale,  à  cette  pression.  Qui  pourrait  calculer,
même  aujourd’hui,  les  conséquences  de  cette  renaissance
musulmane  imprévue?  Ce  fut  comme  le  commencement  d’un
second  âge  de  la  conquête  arabe.
Tout  naturellement  Mahmoud,  incapable  de  vaincre  les
Grecs  révoltés,  fit  appel  à  son  vassal.  Celui-ci  fut  heureux
de  cette  occasion  de  développer  sa  puissance  vers  le  nord
comme  vers  le  sud.  La  France  lui  arracha  le  pachalik  de
Morée,  mais  son  ambition  n’en  fut  pas  désarmée  :  l’affaire
grecque  fut  pour  lui  riche  en  résultats.
            
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