Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

140  MAHMOUD  ET  MÉllÉMET.
Il  n’était  pas  possible  que  Mahmoud  laissât  au  pacha
d’Égypte  l’indépendance  et  la  puissance  qu'il  avait  conquises ­
  ;  cette  grandeur  nouvelle  qui  s’élevait  dans  la  vallée
du  Nil  rappelait  le  souvenir  des  démembrements  de  l’empire
des  Âbbassides,  et  le  sultan  ne  pardonnait  pas  à  Méhémet-Ali
  de  lui  avoir  rendu  service.
Méhémet,  mécontent  de  n’avoir  rien  gagné  en  Grèce,
réclama  pourtant  le  paiement  de  son  intervention  :  il
demanda  pour  son  fils  Ibrahim  le  pachalik  de  Damas.  Le
«ultan  refusa.  Le  pacha  avait  besoin  de  la  Syrie  ;  pour  refaire
sa  flotte  détruite  à  Navarin,  il  lui  fallait  les  bois  du  Liban.
Aussi  bien,  toujours  les  maîtres  de  l’Égypte  ont  convoité  la
"Syrie,  les  Pharaons  de  l’antiquité  comme  les  Ptolémées
successeurs  d’Alexandre  ;  c’était  par  la  Syrie  que  la  vallée
du  Nil  s’ouvrait  au  reste  du  monde  ;  elle  n’avait  pas  d’autre
horizon,  tant  que  le  Nil  supérieur  restait  inconnu.  En  1831,
des  fellahs  ruinés  par  la  lourde  domination  de  Méhémet  se
réfugièrent  dans  le  pays  de  Saint-Jean  d’Acre  ;  il  les  réclama
au  pacha  de  cette  ville,  Abdullah  ;  celui-ci  se  refusa  à  les
livrer,  les  sujets  du  sultan  pouvant  habiter  l’une  ou  l’autre
région  de  l’empire.
Sans  autre  déclaration  de  guerre,  Méhémet  envoya
Ibrahim,  à  la  tête  de  30.000  hommes,  à  la  conquête  de  la
Syrie.  Nourrissait-il  d’autres  projets?  Voulait-il  aller  jusqu’à
Constantinople?  Rêvait-il  de  prendre  la  place  du  sultan,  ou
du  moins  de  gouverner  en  son  nom,  comme  un  maire  du
palais  de  ce  souverain  fainéant,  comme  les  émirs  turcs  du
moyen  âge  qui  protégeaient  les  Abbassides  de  Bagdad?  Son
ambition  se  devait  régler  sur  les  événements  ;  elle  est  difficile ­
  à  pénétrer;  il  faut  se  garder  d’attribuer  à  cet  oriental
fataliste  des  desseins  trop  précis.
Quoi  qu’il  en  soit,  les  succès  d’ibrahim  furent  rapides  ;
plus  heureux  que  Bonaparte  parce  qu’il  était  maître  de  la
mer,  il  prit  Saint-Jean  d’Acre  le  27  mai  1832,  Damas  le  14
juin  suivant.  Le  9  juillet,  l’armée  du  pacha  d’Alep  fut  battue
à  Homs,  sur  l’Oronte,  achevée  le  11  à  Hama,  à  quelques
lieues  au  nord.  Mahmoud  envoya  contre  les  Égyptiens  une
autre  armée  plus  forte,  sous  Hussein-pacha  ;  la  rencontre
eut  lieu  à  Beylan,  entre  Antioche  et  Alexandrette,  à  quelque
distance  au  sud  d’issus,  à  l’entrée  des  défilés  du  Taurus.  Les
Turcs  y  furent  écrasés,  et  Ibrahim  put  entrer  dans  l’Asie
mineure,  suivant  en  sens  inverse  la  marche  d’Alexandre  le
Grand.
            
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