Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

fí2  MAHMÜUÜ  ET  MÉHÉMET.
Nicolas  de  lui  envoyer  des  troupes  :  «  Que  voulez-vous,
disait-il  à  ses  conseillers,  au  risque  d’être  étouffé  plus  tard,
un  homme  qui  se  noie  s’accroche  à  un  serpent.  »  Peut-être
comptait-il,  en  s’adressant  aux  Russes,  hâter  l’intervention
des  autres  puissances  européennes.
Ni  la  France,  ni  l’Angleterre,  en  effet,  ne  pouvaient
laisser  le  tsar  protéger  seul  le  sultan.  Louis-Philippe
n’était  pas,  comme  Charles  X,  lié  à  la  politique  russe  ;  il
avait  depuis  son  avènement  rencontré  la  continuelle  et  violente ­
  hostilité  de  Nicolas  1",  qui  ne  lui  pardonnait  pas  d’être
«  le  roi  des  barricades  ».  Outre  ces  raisons  dynastiques,  il
ne  croyait  pas  devoir  laisser  les  Russes  prendre  Constantinople. ­
  Il  n’avait  alors  auprès  du  Divan  qu’un  chargé  d’affaires, ­
  M.  de  Varennes.  Celui-ci  conseilla  au  sultan  de  négocier ­
  avec  Méhémet-Ali,  et  Halil-pacha  fut  envoyé  à  Alexandrie
pour  offrir  au  pacha  d’Égypte  la  Syrie  méridionale,  c’est-àdire
  les  pachaliks  de  Saint-Jean  d’Acre,  Naplouse,  Saïd  a  et
Jérusalem.  Méhémet-Ali  voulait  au  moins  toute  la  Syrie,
avec  le  district  d’Adana  en  Asie  mineure,  et  le  consul  de
France  à  Alexandrie,  M.  Mimant,  encourageait  ses  exigences.
Les  propositions  turques  furent  repoussées  ;  Ibrahim  reçut
l’ordre  d’avancer  et  arriva  à  Kutayeh,  son  avant-garde  à
Brousse  (février  1833).
Mahmoud  appelle  la  flotte  russe.  Le  20  février,  elle  jette
l’ancre  dans  le  Bosphore,  devant  le  palais  du  sultan.
Cependant,  en  France,  le  ministère  du  11  octobre  1832
prenait  une  conscience  plus  nette  de  la  gravité  des  circonstances. ­
  Le  duc  de  Broglie  envoya  comme  ambassadeur  à
Constantinople  l’amiral  Roussin.  En  arrivant,  il  trouve  les
vaisseaux  russes  dans  la  Corne  d’or  ;  il  en  est  exaspéré  ;  il
court  au  palais,  somme  le  sultan  de  renvoyer  les  soldats  du
tsar,  le  menace  des  plus  terribles  complications,  s’engage  a
faire  accepter  à  Méhémet  les  propositions  de  la  Turquie.  Il
l’emporte.  Les  vaisseaux  russes,  à  la  prière  du  sultan,  lèvent
l’ancre  et  s’éloignent  de  Constantinople.
L’amiral  Roussin  veut  faire  céder  Méhémet  ;  il  se  heurte
à  un  refus  catégorique  ;  le  pacha  maintient  toutes  ses  prétentions, ­
  pousse  Ibrahim  sur  Scutari,  en  vue  de  Constantinople. ­
  Le  sultan  est  obligé  de  rappeler  les  Russes,  et  sous
les  yeux  de  l’ambassadeur  français,  15.000  Russes  débarquent ­
  sur  les  deux  rivages  du  Bosphore,  à  Buyuk-déré  et
Therapia,  le  5  avril.  Une  plus  forte  armée  se  prépare  à  franchir ­
  le  Danube.
            
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