, 14* MAIIMp.lirLET MÉHÈMET.
conventions d’Unkiar-Skélessi. L’Angleterre prit aussi
d’autres précautions. Elle se rapprocha peu à peu de l'Au
triche et obtint d’elle, le 3 juillet 1838, la signature d’une
convention par laquelle elles garantissaient ensemble la
libre navigation du Danube et la sécurité de leur commerce
sur la mer Noire.
II. — La crise de 1840.
Cependant Méhémet-Ali était plus puissant que jamais.
Il avait en Syrie l'abondante provision des bois du Liban,
un boulevard stratégique contre le sultan, l'entrée de la
route continentale vers l’Inde. Il était, du Taurus à Khar
toum, le maître d’un vaste empire arabe ; il rappelait la
grandeur des Ptolémées, de Saladin; il paraissait capable
de régénérer l’Islam par le souvenir de ses fondateurs, de
ses plus intrépides conquérants.
La France suivait avec une sorte d’orgueil le progrès de
cette gloire nouvelle, dont elle s’attribuait en grande partie
l’honneur. Elle avait les sympathies du pacha ; elle entre
tenait avec l’Égypte d’étroites relations ; elle la considérait
comme « sa plus belle colonie » ; elle se plaisait à y voir
le triomphe de la pensée de Bonaparte.
L’Angleterre s’inquiétait, et de la puissance de Méhémet,
et du prestige de la France en Orient ; elle y voyait un dan
ger pour ses communications avec l’Inde, pour ses intérêts
dans le Levant. Elle y porta une attention plus scrupuleuse ;
elle signa avec le sultan, le 16 août 1838, une convention
en apparence anodine, interdisant l’exercice de tout mono
pole commercial dans l’empire ottoman, même en Égypte
et en Syrie. C’était le moyen de combattre à cet égard les
prétentions du pacha d’Égypte, qui gênaient le commerce
européen, et la France adhéra à la convention. L’Angleterre
en 1839 occupa encore Aden, pour mieux surveiller la route
de l'Inde.
Elle ne désespérait pas d’abaisser Méhémet-Ali, de le
réduire à la possession de la vallée du Nil. Elle entretenait
les rancunes du sultan Mahmoud à son endroit; elle eut en
ce sens beaucoup de crédit auprès du nouveau grand vizir
Khosrew-pacha, celui-là même auquel Méhémet avait jadis
enlevé le pachalik du Caire. Elle se persuadait que la con
vention de Kutayeh, comme le traité d’Unkiar-Skélessi,