Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LA CRISE DE 1840. 
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fallait-il que Méhémet fit lui-même quelque chose pour sa 
propre cause: il perdit Saint-Jean d’Acre le 2 novembre, il 
rappela Ibrahim en Égypte, il lâcha pied partout. 
Aussi, quand la Chambre des députés, au sujet du vote 
de l’Adresse, entama le grand débat sur les affaires du 
Levant, malgré les attaques d’une partie de la presse qui 
reprochait au ministère de vouloir « la paix à tout prix, » 
même au prix des platitudes les plus honteuses, malgré un 
violent discours de Thiers, la politique pacifique de Guizot 
eut gain de cause. Le 15 décembre, quand eut lieu la céré 
monie de la translation des cendres de Napoléon aux Inva 
lides, il n’y eut aucun trouble ; la France avait retrouvé son 
sang-froid. 
Ce n’est pas que Guizot abandonnât la cause de l’Égypte ; 
il conseillait au pacha de s’en tenir désormais à l’hérédité 
de ce pays, affirmait nettement sa volonté immuable sur ce 
point et continuait les armements du ministère Thiers. Il 
faisait voter, le l®” février 1841, à une forte majorité, le 
projet de loi relatif aux fortifications de Paris. Il ne fut 
pourtant point facile d’arracher à lord Palmerston la proie 
qu’il tenait. 
Après la prise de Saint-Jean d’Acre, l’amiral Napier 
parut devant Alexandrie et la menaça d’un bombardement 
immédiat si Méhémet ne se soumettait pas. Celui-ci con 
sentit aussitôt à négocier et signa, le 25 novembre, une 
convention par laquelle il s’engageait à renoncer à la Syrie 
et à restituer la flotte turque au sultan; moyennant quoi, 
les puissances s’efforceraient d’obtenir pour lui de la Porte 
l’hérédité de l’Égypte. Mais, à l’instigation de l’ambas 
sadeur anglais à Constantinople, lord Ponsonby, la Porte 
prétendit ensuite n’accorder au pacha que la possession 
viagère de l’Égypte. C’en était trop; l’Autriche et la Prusse 
se lassaient des continuelles provocations de Palmerston, 
refusaient de jouer plus longtemps avec le feu. Le 31 jan 
vier, une note des quatre puissances alliées invita la Porte 
à promettre à Méhémet que ses descendants en ligne directe 
seraient nommés successivement au pachalik d’Égypte. Le 
sultan signa en ce sens le hatti-shérif du 13 février; mais il y 
introduisit des réserves inadmissibles, qu’à chaque vacance 
du pachalik, il choisirait à son gre le nouveau pacha parmi 
les héritiers de Méhémet; que le quart des contributions 
levées par le pacha reviendrait à la Porte ; que l’armée 
égyptienne serait réduite à 18.000 hommes; que tous les
	        
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