Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

156 MAHMOUD ET MÉIIÉMET. 
officiers au-dessus du grade d’adjudant seraient nommés 
par le sultan. 
Méhémet repoussa ces conditions, Metternich dut encore 
intervenir directement à Constantinople. La Porte accorda 
enfin le hatti-shérif du 1" juin 1841, que Méhémet accepta 
solennellement le 10 juin; son armée fut réduite à 18.000 
hommes ; il en nomma tous les officiers jusqu’au grade de 
colonel ; il s’engagea à ne construire aucun vaisseau sans 
la permission du sultan, à payer à la Porte un tribut amiuel 
de 10 millions. Aces conditions, l’hérédité était établie en 
Égypte au profit de ses descendants par ordre de primo- 
géniture. 
Le gouvernement français rentra alors dans le concert 
européen. Il n’y avait pas mis un empressement excessif; 
il avait tenu à assurer d’abord la nouvelle situation faite à 
Méhémet-Ali. D’aucuns même, à la Chambre des députés, 
l’invitaient à se renfermer dans la politique d’un isolement 
digne et tranquille dont les puissances se seraient vite 
lassées: la France eut ainsi gardé toute liberté d’action, et 
son abstention eût infirmé d’avance tous les arrangements 
pris en Orient et ailleurs par les alliés L Mais Guizot y 
voyait des inconvénients. Il savait l’animosité de la Russie 
à l’égard de la monarchie de Juillet et avait une inclination 
personnelle pour le renouvellement de l’alliance anglaise ; il 
avait de précieuses amitiés parmi les hommes politiques 
les plus influents de l’Angleterre, et espérait bien que Pal 
merston ne serait pas longtemps ministre : il tomba en effet 
quelques semaines après. 
La France reprit d’ailleurs très honorablement les rela 
tions diplomatiques avec les signataires du traité de 1840. 
Elle s’en fit prier quelque temps, et obtint diverses satis 
factions dans la rédaction des conventions nouvelles. Les 
quatre alliées signèrent d’abord seules un protocole de 
clôture sur la question d’Égypte, déclarant épuisés tous les 
effets de la convention de l’année précédente, brisant donc 
la quadruple alliance. Puis la France signa avec elles, le 
même jour, 13 juillet 1841, la Convention des Détroits : elle 
affirmait comme un principe permanent la clôture des 
détroits du Bosphore et des Dardanelles à toutes les flottes 
1. Duvergier de Hauranne, La Convention du {^juillet 1841 eZ la 
situation actuelle de la France, (Revue des Deux-Mondes, 1" sep 
tembre 1841).
	        
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