FRANCE, ANGLETERRE ET RUSSIE.
167
tiait vraiment l’empire par l’action qu’il exerçait sur les
ministres. Vainqueur de la France en 1840, le gouverne
ment anglais était en voie de refouler la Russie vers le nord
et de fonder solidement sa prépondérance dans le Levant.
La France était restée quelque temps sous le coup de son
échec, et elle avait perdu toute action dans les conseils du
sultan. Mais elle avait trop d’intérêts et de traditions à
sauvegarder dans ces régions pour rester à l’écart, et
peu à peu elle y reprenait son rang, y ressaisissait ses
droits.
Louis-Napoléon Bonaparte en effet ne pouvait faire ac
cepter sa dictature aux Français qu’en leur donnant les satis
factions de la gloire militaire dont ils étaient privés depuis
longtemps: son nom était un symbole. Dans le moment où
il fondait peu à peu son autorité et montait vers le trône
impérial, il avait besoin de l’appui du clergé ; pour ré
pondre à cette nécessité, il avait fait l’expédition de Rome
en faveur de la papauté ; pour cela aussi, il défendait les
anciens droits de la France en Orient.
Depuis les croisades, depuis le xvi® siècle, la France était
la protectrice-née des chrétiens de la Palestine ; elle avait
comme le monopole de l’entretien et de l’administration
des lieux consacrés par le souvenir du Christ. Ces privilèges
séculaires lui avaient été solennellement renouvelés par
les capitulations de 1740. Mais Louis XV avait laissé com
promettre ces avantages, et l’article VII du traité de
Kaïnardji avait accordé au tsar la protection des chrétiens
orthodoxes dans tout l’empire ottoman. Pendant la Révo
lution, sous Napoléon I", sous Louis-Philippe enfin, les
droits de la France avaient été négligés, et peu à peu les
orthodoxes avaient obtenu du Divan la permission de
réparer certains sanctuaires, d’occuper des situations
jusque-là réservées aux Latins. Il ne déplaisait pas aux
Musulmans d’entretenir ces querelles entre les diverses
sectes chrétiennes.
Louis-Napoléon Bom^jarte, président de la République
française depuis 1848, reprit énergiquement en mains
dès 1850 la protection des catholiques; il ouvrit à ce
sujet une campagne diplomatique à Constantinople, la fit
poursuivre fermement par son ambassadeur La Valette,
exigea le respect pur et simple des capitulations de 1740.
C’était la lutte ouverte entre les Latins et les Slaves, entre
les catholiques et les orthodoxes ; c’était l’antagonisme de