Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

FRANCE, ANGLETERRE ET RUSSIE. 
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tiait vraiment l’empire par l’action qu’il exerçait sur les 
ministres. Vainqueur de la France en 1840, le gouverne 
ment anglais était en voie de refouler la Russie vers le nord 
et de fonder solidement sa prépondérance dans le Levant. 
La France était restée quelque temps sous le coup de son 
échec, et elle avait perdu toute action dans les conseils du 
sultan. Mais elle avait trop d’intérêts et de traditions à 
sauvegarder dans ces régions pour rester à l’écart, et 
peu à peu elle y reprenait son rang, y ressaisissait ses 
droits. 
Louis-Napoléon Bonaparte en effet ne pouvait faire ac 
cepter sa dictature aux Français qu’en leur donnant les satis 
factions de la gloire militaire dont ils étaient privés depuis 
longtemps: son nom était un symbole. Dans le moment où 
il fondait peu à peu son autorité et montait vers le trône 
impérial, il avait besoin de l’appui du clergé ; pour ré 
pondre à cette nécessité, il avait fait l’expédition de Rome 
en faveur de la papauté ; pour cela aussi, il défendait les 
anciens droits de la France en Orient. 
Depuis les croisades, depuis le xvi® siècle, la France était 
la protectrice-née des chrétiens de la Palestine ; elle avait 
comme le monopole de l’entretien et de l’administration 
des lieux consacrés par le souvenir du Christ. Ces privilèges 
séculaires lui avaient été solennellement renouvelés par 
les capitulations de 1740. Mais Louis XV avait laissé com 
promettre ces avantages, et l’article VII du traité de 
Kaïnardji avait accordé au tsar la protection des chrétiens 
orthodoxes dans tout l’empire ottoman. Pendant la Révo 
lution, sous Napoléon I", sous Louis-Philippe enfin, les 
droits de la France avaient été négligés, et peu à peu les 
orthodoxes avaient obtenu du Divan la permission de 
réparer certains sanctuaires, d’occuper des situations 
jusque-là réservées aux Latins. Il ne déplaisait pas aux 
Musulmans d’entretenir ces querelles entre les diverses 
sectes chrétiennes. 
Louis-Napoléon Bom^jarte, président de la République 
française depuis 1848, reprit énergiquement en mains 
dès 1850 la protection des catholiques; il ouvrit à ce 
sujet une campagne diplomatique à Constantinople, la fit 
poursuivre fermement par son ambassadeur La Valette, 
exigea le respect pur et simple des capitulations de 1740. 
C’était la lutte ouverte entre les Latins et les Slaves, entre 
les catholiques et les orthodoxes ; c’était l’antagonisme de
	        
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