Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

172 LA GUERRE DE CRIMES ET SES SUITES. 
princes de Russie. » L’ambassadeur d’Angleterre appelle 
les vaisseaux de l’amiral Dundas ; le 20 mars, une escadre 
française quitte Toulon. 
On se persuade que le prince Menchikof veut seulement 
obtenir une satisfaction complète sur la question des Lieux 
Saints, et le gouvernement français, dans l’intérêt de la 
paix, consent sur ce pointa quelques concessions nouvelles : 
un firman du 4 mai accorde aux orthodoxes les avantages 
que la Russie réclame pour eux. 
Dès lors l’ambassadeur extraordinaire va être obligé de 
se démasquer. Le 5 mai, il donne la forme d’un ultimatum 
aux propositions qu’il avait soumises au divan et qui étaient 
jusque-là restées secrètes : il offre au sultan l’alliance per 
manente de la Russie, à condition qu’il reconnaisse le tsar 
comme le protecteur légal de ses sujets grecs; ceux-ci 
étant au nombre de 12 millions environ dans l’empire otto 
man, et, notamment dans la Turquie d’Europe, plus nom 
breux que les sujets musulmans, c’est une véritable abdi 
cation que le tsar prétend faire signer au sultan. 
Les ministres ottomans demandent conseil et appui aux 
ambassadeurs de France et d’Angleterre, qui les encou 
ragent à une énergique résistance. Riffaat alors déclare les 
propositions russes inacceptables. Le 13 mai, Menchikof 
veut voir le sultan, qui vient de perdre sa mère, est en 
fermé dans ses appartements privés, refuse de le recevoir; 
l’ambassadeur menace, Riffaat donne sa démission, est 
remplacé par Reschid-pacha. Celui-ci préside, le 20 mai, 
un grand conseil des ministres et des principaux dignitaires 
de la Porte; par 42 voix sur 44, l’ultimatum est repoussé. 
Le 22 mai, Menchikof amène l’écusson et le drapeau russe 
àl’ambassade, et s’embarque. Le 31 mai, le comte Nessel 
rode, fils du chancelier de Russie, tente une dernière dé 
marche auprès du divan; il échoue, il se retire, et déclare 
que le gouvernement russe prendra ses garanties dans les 
principautés de Moldavie et de Valachie: l’armée russe, 
sous le commandement «le Paskievitch, s’y établit en effet 
quelques jours après et en occupe toutes les villes jusqu’au 
Danube. 
La France et l'Angleterre prirent naturellement la dé 
fense de l’empire ottoman ; leurs flottes vinrent jeter 
l’ancre dans la baie de Besika, à l’entrée du détroit des 
Dardanelles. Pour éviter l’agitation que l’ultimatum russe 
pouvait créer parmi les chrétiens de l'empire, le sultan
	        
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