174 LA GUERRE DE CRIMÉE ET SES SUITES.
Elles précipitèrent les évènements et encouragèrent la
Porte aux mesures les plus fermes. En septembre 1853,
leurs flottes franchirent les Dardanelles. Le 4 octobre, le
sultan lança son manifeste de guerre, et envoya sa princi
pale armée, sous Omer-pacha, pour défendre la ligne du
Danube. Celui-ci somma le prince Gortchakof d’évacuer les
Principautés, et, sur son refus, franchit le Danube, occupa
la Petite-Valachie, séparant habilement l’armée russe de la
Serbie. En Asie mineure, une autre armée turque enleva
aux Russes le fort Saint-Nicolas, sur la mer Noire.
A la fin du mois de novembre, une flotte turque de 7 fré
gates et 3 corvettes, commandée par Osman-pacha, lon
geait la côte septentrionale de l’Asie mineure pour porter
des vivres à Batoum ou pour encourager la résistance de
Schamyl dans le Caucase. L’amiral Nakhimof se mit à sa
poursuite avec six vaisseaux de ligne et deux frégates ; il
l’atteignit dans la rade de Sinope, se jeta sur elle : en quel
ques heures elle fut anéantie (30 novembre).
La guerre désormais était engagée; les flottes franco-
anglaises franchirent le Bosphore, pour chasser tous les
vaisseaux russes de la mer Noire. Le Pirée fut bloqué et le
roi Othon obligé de rappeler les bandes grecques de la fron
tière ottomane. Le 27 février 1854, l’empereur NapoléonIII
et la reine Victoria adressèrent au tsar un ultimatum l’invi
tant à respecter l’intégrité de l’empire ottoman, à évacuer
par conséquent les Principautés, à reconnaître l’indépen
dance absolue du sultan dans ses rapports avec ses sujets
chrétiens, c’est-à-dire à renoncer à toute espèce de protec
torat. A cette sommation notifiée le 19 mars à Saint-Péters
bourg, le tsar ne fit aucune réponse et les hostilités furent
déclarées.
Une armée anglo-française fut envoyée dans la mer
Noire sous le commandement de Saint-Arnaud et de lord
Raglan. Elle eut pour point de ralliement Gallipoli. Il y eut
beaucoup de désordre dans l’organisation de l’expédition ;
les vivres manquèrent dans certains corps et abondèrent en
d’autres ; l’artillerie arriva sur un bateau à vapeur, ses
chevaux et ses munitions vinrent plus tard sur un navire à
voiles.
Cependant les Russes occupaient la Dobroutscha et blo
quaient Silistrie ; on craignit un moment de leur part une
pointe audacieuse sur Constantinople au nez des alliés encore