FRANCE, ANGLETERRE ET RUSSIE.
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impuissants, et Omer-pacha se trouva très menacé dans
Choumla.
Saint-Arnaud et lord Raglan, avant d’être prêts tout à
fait, se portèrent vite à Varna pour parer à ce danger. L’ar
mée alliée se trouvait ainsi sur le flanc gauche des Russes
et pouvait tourner la ligne du Danube qu’ils occupaient déjà.
Ils battirent en retraite en effet, levèrent le siège de Silis-
trie (juin 1854) et remontèrent vers le nord, dans la pensée
de décider l’Autriche à l’alliance russe par l’abandon des
Principautés qu’elle avait toujours exigé, et d’attirer les
Anglo-Français sur le territoire russe où ils subiraient quel
que désastre comme celui de Napoléon en 1812.
L’Autriche ne s’unit pas à la Russie. Mais elle refusa aussi
de se joindre aux alliés ; pourtant elle se chargea d’occuper
provisoirement la Moldavie et la Valachie, et ce fut le sens
d’une convention qu’elle signa avec la Porte, le 14 juin.
Elle se trouva ainsi gardienne du Danube, autant contre les
Anglo-Français que contre les Russes ; elle entrait effecti
vement dans son rôle de médiatrice. Ainsi elle était plus
utile à la Russie qu’aux alliés ; car ceux-ci ne pouvaient
faire campagne par le Danube inférieur sans le concours
mUitaire de l’Autriche ; elle se refusa à le leur assurer.
Par suite, ils ne purent atteindre la Russie dans ses par
ties vives, pour ainsi dire ; ils furent réduits à la frapper
aux extrémités, sans pouvoir lui faire beaucoup de mal.
Paraguay d’Hilliers enleva Bomarsund, dans les îles d’Aland,
le 16 août 1854 ; il y gagna le bâton de maréchal de France,
Saint-Arnaud n’avait plus rien à faire à Varna ; l’ennemi se
dérobait : « Paskiévitch me vole en se sauvant », disait-il.
Son armée d’ailleurs souffrit beaucoup dans ces cantonne
ments ; la division Canrobert, chargée de poursuivre quel
ques banques de Cosaques à travers la Dobroutscha, n’y
trouva que des cavaliers isolés, aussitôt disparus qu’aperçus ;
elle y fut affreusement décimée par le choléra ; elle perdit
le quart de son effectif (juillet-août).
Il fallait pourtant faire quelque chose. Les Anglais propo
sèrent d’aller détruire le port militaire de Sébastopol ; ce
serait enlever à la Russie pour longtemps toute possibilité
d’offensive sur la mer Noire; ce serait déjà assurer la neu
tralité de cette mer, sauver Constantinople en rejetant les
Russes au nord.
Le 7 septembre, les troupes alliées, 30.000 Français,
20.000 Anglais, 7.000 Turcs, furent embarquées à Varna ;