FRANCE, ANGLETERRE ET RUSSIE. 179
il allait falloir faire la paix et il ne se sentait pas capable de
s’y résigner. « Le tsar de fer ne pouvait pas plier, il se
brisa. » Le 21 février, tout fiévreux, il sortit, par un froid
de — 23 degrés, pour passer en revue un régiment destiné
à la Crimée. Son médecin voulut l’en empêcher et se jeta
devant son cheval : « Sire, c’est plus que la mort, c’est un
suicide. — Vous faites votre devoir; répondit le tsar,
laissez-moi faire le mien. » Il aggrava son mal et fut emporté
en quelques jours, dictant lui-même cette dernière'
dépêche à ses sujets: a L’empereur se meurt ».
Son successeur Alexandre II pouvait être plus disposé à
la paix : il n’était pas engagé dans la guerre. Mais il fallait
que les alliés prissent Sébastopol ; sinon, en quelle situation
se fussent-ils trouvés pour imposer des conditions à
la Russie ?
Après plusieurs semaines de travaux d’approche, le général
Pélissier recommença le bombardement le 6 juin. Le
7, il ordonna l’assaut: le Mamelon Vert fut pris, mais
toutes les attaques sur la tour Malakof furent repoussées.
Le 18 juin, à la suite d’une terrible mêlée, la tour fut enlevée,
mais reprise par les Russes qui infligèrent aux
assiégeants de grosses pertes. A la nouvelle de cet échec,
l’émotion fut très vive à Paris ; l’empereur songea
un moment à destituer Pélissier. Cependant les assiégés
aussi étaient à bout de forces : Kornilof, Nakhimof avaient
été tués ; Todtleben était grièvement blessé ; la ville était
en grande partie ruinée ; l’ardeur belliqueuse faiblissait ; on
songeait à la retraite. Le tsar donna à Gortchakof, successeur
de Menchikof à la tête de l’armée de secours, l’ordre
d’attaquer les alliés ; il fut repoussé au pont de Traktir sur
la Tchernaïa, où les Piémontais eurent une belle conduite.
Alors Pélissier fait un effort suprême. Il écrase Sébastopol
sous un épouvantable bombardement, du 17 au
21 août ; 1.000 Russes sont tués ou blessés chaque jour ; les
assiégeants peuvent approcher de la ville. Le 5 septembre,
nouveau bombardement, qui continue le jour suivant. Le
8, à midi, la canonnade redouble, « infernale »; l’incendie
s’allume sur plusieurs points de la ville ; deux frégates chargées
de poudre sautent dans le port; au milieu des flammes
qui embrasent partout 1 horizon, des mines que les Russes
font éclater à grand fracas tout autour de leurs murailles,
Pélissier ordonne 1 assaut. La melée fut quelques heures
furieuse, et longtemps le résultat en parut incertain. Au