Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LA  CONFÉRENCE  DE  LONDRES.

205

pas  rester  à  la  merci  des  flottes  turques  armées  dans  les
ports  de  l’Archipel  ?  Une  grande  puissance  comme  elle  pouvait-elle ­
  se  tenir  de  son  consentement  les  mains  liées  ?  Rien
de  plus  naturel,  semble-t-il,  que  la  circulaire  Gortchakof.
Et  même  le  gouvernement  russe  n’a-t-il  pas  manqué  d’audace ­
  ?  Qu’aurait-on  dit  en  Europe  si,  profitant  des  circonstances, ­
  il  avait  fait  naître  en  Orient  quelqu’une  de  ces
complications  toujours  faciles  pour  se  jeter  sur  la  Turquie,
comme  la  Prusse  sur  la  France  ?
Peut-être  le  gouvernement  anglais  en  eut-il  peur.  Il  protesta ­
  avec  énergie  contre  la  circulaire  russe,  entra  en  rapports ­
  avec  M.  de  Bismark,  alors  à  Versailles,  et  parla  de
déclarer  la  guerre  à  la  Russie.  Le  gouvernement  austrohongrois
  ne  fut  pas  moins  ému.  Bismarck  fut  assez  inquiet:
il  avait  besoin  de  la  Russie  pour  contenir  l’Autriche  disposée ­
  à  s’allier  à  la  France  ;  il  ne  voulait  pas  mécontenter
¡’Angleterre,  capable  alors  d’intervenir  en  faveur  de  la
France.  Il  proposa  la  réunion  d’une  conférence  où  la  circulaire ­
  russe  serait  examinée  par  les  puissances  signataires
du  traité  de  Paris.  C’était  donner  aux  passions  le  temps  de
se  calmer,  à  la  Prusse  le  temps  d’achever  sa  victoire.  Cette
proposition  fut  acceptée  à  Saint-Pétersbourg  comme  à
Londres.
Le  gouvernement  de  la  Défense  Nationale,  invité  à  se
faire  représenter  à  cette  conférence,  demanda  qu’elle  pût
s’occuper  aussi  de  la  question  d’Alsace-Lorraine.  Bismarck
s’y  opposa  naturellement  avec  une  extrême  violence.  Dès
lors  la  France  se  montra  mal  disposée  à  s’intéresser  aux
affaires  d’Orient,  à  prendre  part  aux  délibérations  de  la
conférence,  malgré  les  instances  de  l’Angleterre.  Retardée
de  semaine  en  semaine  par  cette  abstention,  la  conférence
n’ouvrit  ses  séances  que  le  17  janvier  1871,  s’ajourna  encore ­
  au  24.  Ses  délibérations  furent  peu  actives;  elles
aboutirent  à  la  convention  du  13  mars  1871,  à  laq  ielle  le
duc  de  Broglie  apposa  enfin  la  signature  de  la  France  :  le
traité  de  1856  était  confirmé  en  ce  qui  concernait  la  navigation ­
  du  Danube  et  le  droit  de  la  Porte  de  fermer  ou  d’ouvrir ­
  les  détroits  ;  mais  la  neutralité  de  la  mer  Noire  n’était
pas  maintenue.  C’était  tout  ce  que  voulait  la  Russie.
Dès  lors  elle  refit  ses  armements  sur  cette  mer  ;  elle  commença ­
  à  relever  Sébastopol.  Elle  construisit  des  vaisseaux
de  guerre,  augmenta  la  «  flotte  volontaire  »  qu’une  souscription ­
  nationale  avait  édifiée  pendant  que  le  gouverne-
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.