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LA GUERRE DES RALKANS.
pansiaviste déterminé, le général Ignatief. Celui-ci jouis
sait d’un grand crédit auprès du Divan, paraissait lié d’une
étroite amitié avec le grand-vizir Mahmoud-Nézim-pacha,
exerçait vraiment une grande action sur le gouvernement
ottoman, La Russie semblait avoir toutes les chances de
son côté.
Mais les musulmans sentaient le danger, mis en éveil par
la convention du 13 mars 1871. Des circonstances nouvelles
naissent les formes politiques nouvelles. Beaucoup d’entre
eux se demandaient quel avantage la Porte avait obtenu de
l’intervention européenne; depuis un demi-siècle, les
grandes puissances proclamaient le principe de l’intégrité
de l’empire ottoman, moyennant des réformes sérieuses;
les réformes ne servaient qu’à encourager les chrétiens ;
quant au principe de l’intégrité, avait-il empêché que l’Eu
rope soutînt, après la cause de l’indépendance de la Grèce,
celle de l’autonomie de la Roumanie, de la Serbie, du Mon
ténégro ? En fait, les belles phrases de la diplomatie euro
péenne semblaient autant de mensonges. L’empire conti
nuait d’être démembré; il était à la veille de la ruine. Mieux
valait une franche hostilité que cette amitié dissolvante.
L’influence française à Constantinople n’avait pas sur
vécu aux désastres de 1870; avec elle avait péri la cause du
Tanzimât, dont du reste les musulmans s’étaient toujours
défiés. Dès lors il se forma parmi eux, en face des menaces
du panslavisme, un parti national, le parti de la Jeune
Turquie, fondé sur la réaction contre l’Europe et sur la
restauration de l’Islam : il fallait rendre à l’Islam la cons
cience de sa grandeur, reconstituer l’autorité du Coran, y
rechercher les sources d’une vigueur nouvelle, grouper au
tour du padischah tous les peuples de Mahomet, former
contre les nationalités chrétiennes un faisceau compact de
150 millions de musulmans, et reprendre les fortes tradi
tions des siècles passés. Ce panislamisme avait son chef,
Midhat-pacha, son état-major, les ulémas ou docteurs du
Coran, ses soldats, les softas ou étudiants en théologie, ses
moyens d’action, la presse, dont l’influence commença de
travailler tous les pays de religion musulmane ; il avait
pour adeptes presque tous les Ottomans, qui y voyaient
leur dernier moyen de salut et peut-être l’instrument d’une
belliqueuse renaissance. Le Croissant se relevait devant la
Croix.
Les partis en présence, les événements allaient se préci-