LES INSURRECTIONS.
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faction à l’Europe, ou du moins à quelques-unes des
grandes puissances, pour désagréger le concert européen.
De cette idée partit le projet de doter l’empire ottoman
d’une organisation constitutionnelle. Le 12 octobre, une
circulaire du ministère des affaires étrangères delà Porte,
Server-pacha, annonçait l’intention d’instituer une assem
blée générale élue par les habitants des vilayets pour voter
chaque année les lois, les impôts et le budget de l’Empire;
elle serait assistée d’une autre assemblée nommée par le
gouvernement et investie des attributions d’un Sénat. Une
aussi importante réforme applicable à tous les États otto
mans et émanée de la volonté du Sultan devait rendre su
perflues les réformes particulières que les puissances
réclamaient pour l’Herzégovine et la Bulgarie.
Jusqu’à quel point ces affirmations libérales étaient-elles
sincères chez les conseillers du sultan ? Il est difficile de le
déterminer. Quand la nouvelle constitution fut achevée, elle
apparut beaucoup moins satisfaisante. Il convenait d’ail
leurs au parti Jeune-Turc de limiter l’autorité absolue du
sultan ; car elle avait été, pendant tout le xix® siècle, l’ins
trument de l’influence européenne et de la décadence de
l’Empire; il ne déplaisait pas aux patriotes qu’elle fût
entourée de garanties qui seraient assurées aux musulmans
et non aux chrétiens. Il semble bien pour l’instant que ces
belles promesses étaient avant tout destinées à éviter l’in
tervention de l’Europe. Elles ne furent pas prises au sérieux,
la déloyauté de la Porte ayant été fréquemment éprouvée.
En outre, le gouvernement russe, sans y ajouter foi non
plus, se montra choqué que le sultan parlât de constitution ;
il y vit une épigramme à son adresse, d’autant mieux que
l’opinion libérale en Russie s’agita quelque peu et que le
tsar fut obligé de sévir contre plusieurs journaux.
Dès lors la diplomatie russe accentua son action et pré
tendit en finir ^— toutes les comédies de la Porte. Le
temps pressait. La Serbie était menacée d’une sanglante
exécution. Le tsar envoya à Constantinople le général Igna-
tief, porteur d’un véritable ultimatum. Il arriva à la Porte
le 15 octobre, et aussitôt exigea d’elle la promesse de l’auto
nomie de la Bosnie, de l'Hcrzégovine et de la Bulgarie,
l’acceptation du contrôle européen sur toutes les réformes
nécessaires, et, en attendant, un armistice pour la Serbie
et le Monténégro. Le gouvernement ottoman essaya de
traîner les choses en longueur. Le 30 octobre, Ignatief lui