Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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LA  GUERRE  DES  BALKANS.

intérêts  anglais  dans  le  Levant  :  il  s’engagea  sans  peine  à
respecter  l’Egypte,  le  canal  de  Suez,  à  ne  pas  occuper  Constantinople ­
  ni  les  détroits.  »  —  8  juin.  —  Les  hostilités
étaient  déjà  commencées  depuis  quelques  semaines.
III.  —  La  guerre  (Mai  1877-février  1878).
Il  n’y  a  pas  de  circonstances  plus  solennelles  dans  toute
l’histoire  de  la  question  d’Orient.  Jamais  la  Russie  n’avait
tenu  l’empire  ottoman  aussi  complètement  à  sa  merci  :  en
1829,  il  lui  avait  fallu  tenir  compte  des  intérêts  de  la  triple
alliance  dont  elle  faisait  partie;  en  1853,  elle  avait  été
arrêtée  par  ses  alliés  de  1829.  En  1877,  elle  n’avait  plus  à
craindre  l’opposition  de  la  France,  et  sans  la  France  l’Angleterre ­
  était  impuissante.  Elle  comptait  enfin  sur  l’Allemagne ­
  capable  de  contenir  l’Autriche-IIongrie.  Il  semblait
bien  qu’il  s’agît  du  sort  même  de  la  Turquie  ;  les  armées
russes  allaient  sans  doute  franchir  le  Danube,  pénétrer  en
Bulgarie,  appeler  toutes  les  populations  chrétiennes  à  la
croisade  suprême,  jeter  en  bas  le  trône  du  sultan  et  planter
la  croix  sur  Sainte-Sophie.  En  dépit  des  ménagements
diplomatiques,  des  engagements  mêmes  qu’il  avait  dû
prendre,  le  tsar  n’eut-il  pas  la  vision  d’une  entrée  triomphale ­
  à  Constantinople,  ou  Tsarigrad,  comme  disent  les
Russes,  la  Ville  Impériale?  Et,  sans  l’intervention  de  l’Europe, ­
  ce  rêve  ne  fùt-il  pas  devenu  une  réalité?  Car  c’est
encore  l’Europe  chrétienne  qui  arracha  le  sultan  aux  mains
du  tsar.
Ce  n’est  pas  que  les  Turcs  fussent  une  proie  toute  offerte
aux  armées  russes.  Ils  furent  de  redoutables  adversaires  et
tinrent  la  fortune  hésitante  pendant  une  longue  campagne.
Mais  du  jour  où  la  Russie  fit  effort  de  tous  ses  contingents
disponibles,  ils  furent  écrasés.
Les  Russes  ne  pouvaient  rien  par  la  mer  Noire  :  c’était
la  conséquence  non  encore  effacée  du  traité  de  Paris.  Les
vaisseaux  turcs  y  étaient  les  maîtres  :  ils  bombardèrent  de
bonne  heure  Poti  et  Soukhoum-kaleh,  et  mirent  toutes  les
côtes  russes  en  état  de  blocus.  Peut-être  même  auraient-ils
pu  profiter  mieux  de  leurs  avantages  ;  mais,  dans  toute
cette  guerre,  les  Turcs  se  montrèrent  absolument  incapables ­
  d’offensive.  Ils  se  défendirent  bien,  n’eurent  pas  d’autre
ambition.
Les  Russes  étaient,  par  leur  alliance  avec  la  Roumanie,
            
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