Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LES  MASSACRES  D’ARMENIE.

251

puissants  au  gré  des  Russes,  dans  le  gouvernement  de  la
Transcaucasie.  Très  entreprenants,  très  habiles,  là  comme
partout,  ils  étaient  les  plus  riches  commerçants  de  Tiflis  ;
iis  exploitaient  les  plus  abondantes  sources  de  pétrole  de  la
région  de  Bakou;  les  banques  les  plus  prospères  étaient
entre  leurs  mains.  Ces  «  Juifs  chrétiens  »  amassaient  d’énormes ­
  fortunes  ;  ils  achetaient  les  meilleures  terres  de  la  campagne, ­
  les  plus  importants  immeubles  de  la  ville  ;  à  ce  titre,
ils  disposaient  des  élections,  et  la  douma  ou  conseil  provincial ­
  de  Tiflis  en  vint  à  compter  une  majorité  de  67  Arméniens ­
  contre  13  Russes.  Le  flot  arménien,  parti  de  Turquie
et  descendant  les  pentes  de  l’Ararat,  menaçait  de  recouvrir
toute  la  Caucasie;  les  journaux  russes  dénoncèrent  «  le
péril  arménien  ».
Le  tsar  Alexandre  III  prit  contre  eux  les  premières  mesures ­
  exceptionnelles  destinées  à  les  fondre,  à  les  noyer  plutôt
dans  la  masse  russe  et  orthodoxe.  Il  enleva,  par  une  sorte
de  laïcisation,  les  écoles  arméniennes  à  la  direction  du
catholicos  et  n’y  permit  que  l’usage  de  la  langue  russe  ;  il
exigea  des  fonctionnaires  arméniens  leur  démission  ou  une
profession  d’orthodoxie;  il  éloigna  de  la  même  façon  les
étudiants  arméniens  des  universités  russes.  Il  forma  le
dessein  de  faire  disparaître  l’Église  grégorienne  ;  il  avait
déjà  le  droit  de  désigner  le  catholicos  parmi  les  deux
patriarches  qui  avaient  obtenu  le  plus  grand  nombre  de
voix  de  leurs  coreligionnaires,  c’est-à-dire  qu’il  pouvait
choisir  le  candidat  de  la  minorité,  ainsi  réduit  à  sa  dévotion. ­
  Il  pouvait  encore  faire  présider  le  synode  arménien
par  un  procureur  laïque,  souvent  un  général  ;  Pierre  le
Grand  n’avait  pas  procédé  autrement  quand  il  avait  voulu
devenir  le  chef  de  la  religion  grecque.  Alexandre  III  voulut
encore  enlever  le  catholicos  à  la  résidence  d’Etchmiadzin  et
l’établir  plus  près  de  lui,  à  Saint-Pétersbourg  :  il  eut  peur
que  les  Arméniens  ne  prissent  alors  pour  capitale  religieuse
quelque  couvent  turc  ou  persan,  et  il  mourut  avant  d’avoir
achevé  son  œuvre  d’unification.
Cependant,  mal  soutenus  par  l’Angleterre,  menacés  par
la  Russie,  détestés  dès  lors  par  le  sultan  qui  lâcha  la  bride
aux  Kurdes,  et  ainsi  de  plus  en  plus  misérables,  les  Arméniens ­
  furent  entraînés  aux  tentatives  révolutionnaires.  Les
plus  ardents  d’entre  eux  se  groupèrent  en  des  comités  d’action, ­
  VHindchak  surtout,  ou  la  Cloche,  qui  date  de  1887.
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.