Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LES  MASSACRES  D’ARMÉNIE

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infligèrent  aux  Kurdes  quelques  bonnes  leçons  ;  ceux-ci
revinrent  avec  des  renforts,  avec  des  soldats  de  l’armée
régulière,  des  Hamidiés,  avec  des  ordres  du  Palais,  et  l’on
procéda  à  la  «  répression  de  l’insurrection  arménienne  ».
Du  12  août  au  4  septembre  1894,  les  villages  arméniens
du  pays  de  Sassoun,  Mouch,  Talori,  Ghenik,  Sémal,  Guéliéguzan,
  Agpi,  Spagank,  et  bien  d’autres,  sont  mis  à  feu  et  à
sang.  Les  Hamidiés  et  les  Kurdes  entrent  dans  les  villages,
forcent  les  maisons,  pillent  et  tuent.  Les  Arméniens  qui  ne
se  défendent  pas  et  qui  implorent  la  pitié  du  bourreau,  sont
employés  à  creuser  des  fosses  pour  y  jeter  ceux  qui  se
défendent;  après  quoi,  ils  y  seront  jetés  à  leur  tour.  Le  sang
enivre  les  assassins;  ils  imaginent  des  raffinements  de
cruauté  inouïs,  prêtres  écorchés  vifs  ou  détaillés  en  morceaux, ­
  femmes  éventrées,  jeunes  filles  violées,  enfants
coupés  en  deux,  fréquemment  sur  les  genoux  de  leur  père
DU  de  leur  mère  servant  de  billot.  Les  cheikhs  et  les  imans
accompagnent  les  massacreurs,  leur  indiquent  les  meilleurs
coups  à  faire.  Le  maréchal  Zekki-pacha,  gouverneur  de  la
province,  général  en  chef  du  4®  corps  d’armée,  commande
les  troupes  et  récompense  les  services  rendus  au  gouvernement; ­
  en  reconnaissance  de  ses  efforts,  il  reçut  quelques
jours  après  le  grand-cordon  de  l’Imtiaz.  Au  mois  de  novembre ­
  suivant.  Sa  Majesté  le  Sultan  lui  conféra  encore  la
médaille  d’or  du  Mérite  agricole*.  En  effet,  trente  villages
avaient  été  brûlés  ;  il  y  avait  eu  7  à  8.000  morts  ;  400  jeunes
femmes  avaient  été  enlevées,  dont  200  s’étaient  noyées  pour
échapper  à  la  honte  Le  Sassoun  n’était  plus  qu’un  monceau ­
  de  ruines*.
Les  gouvernements  européens  intervinrent.  L’Angleterre
demanda  la  formation  d’une  commission  d’enquête.  La
Porte  prit  les  devants  et  nomma,  le  20  novembre  1894,  une
commission  ottoman  «  pour  rechercher  les  actes  criminels
commis  parles  brigands  arméniens».  Trois  délégués,  russe,
français  et  anglais,  furent  adjoints  à  cette  commission  ;  ses
travaux  furent  conduits  avec  une  lenteur  et  une  partialité
révoltantes;  ils  se  terminèrent  en  juillet  1895  par  cette
sanction  :  le  vali  de  Bitlis,  Bahri-pacha,  fut  révoqué  et  reçut
la  décoration  de  l’imtiaz.  Les  délégués  européens  purent  à
1.  Lim’e  Bleu,  1895,  I,  p.  45-46.
2.  Livre  Jaune,  Affaires  arméniennes,  n®  10;  M.  Meyrier,  consul
de  France  à  Erzeroum  à  M.  Hanotaux,  5  octobre  1894.
            
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