Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LES  AFFAIRES  DE  CRÈTE.

259

essentielles  du  droit  européen  actuel,  et  à  la  mettre  sous
la  garantie  collective  des  grandes  puissances.  Il  la  compléta ­
  par  la  double  formule  :  pas  de  condominium,  pas
d’action  isolée  sur  aucun  point.  L’Europe  désormais  prenait ­
  sous  sa  tutelle  les  populations  de  l’empire  ottoman.
Elle  s’engageait  par  là  moralement  à  ne  plus  laisser  s’y
reproduire  les  «  atrocités  »  de  Bulgarie  et  d’Arménie.  Même
elle  s’engageait  moralement  à  assurer  aux  Arméniens  les
libertés  nécessaires  et  la  réparation  de  leurs  malheurs.
.\près  plus  de  dix  ans,  ces  malheurs  ne  sont  pas  réparés.
III.  —  Affaires  de  Crète  et  conflit  Gréoo-Turo  (1895-18S7)  '
La  Crète,  après  l’Arménie,  fournit  bientôt  à  l’Europe
d’autres  sujets  de  préoccupation  et  soumit  à  une  première
et  délicate  expérience  les  principes  émis  par  le  gouvernement ­
  français.
A  vrai  dire,  cette  île  ne  fut  jamais  absolument  conquise
par  les  Turcs  ;  les  chrétiens  conservèrent  toujours  dans  la
montagne  une  réelle  indépendance,  et  ils  en  descendirent
à  dates  presque  régulières  pour  faire  le  coup  de  feu  contre
les  Musulmans.  Après  la  grande  insurrection  de  1867,  le
firman  du  10  janvier  1868  établit  un  compromis  entre  le
souverain  et  les  sujets,  en  instituant,  sous  un  gouverneur
nomüîé  par  le  sultan,  une  assemblée  élue.  Ce  ne  fut  pas  la
fin  des  troubles  :  l’Assemblée  eut  des  volontés  que  le  gouverneur ­
  ne  respecta  pas  ;  le  gouverneur  prit  avec  le  firman
des  libertés  contre  lesquelles  l’Assemblée  protesta  vivement, ­
  dans  les  rares  occasions  où  la  Porte  lui  permit  de
siéger.  Les  conflits  furent  inévitables  entre  l’une  et  l’autre,
entre  la  majorité  chrétienne  et  la  minorité  privilégiée  des
musulmans,  et,  parmi  les  chrétiens,  il  se  forma  un  parti
radical  prêt  à  de  nouvelles  insurrections  pour  arracher  l’île
à  la  domination  musulmane,  par  l’annexion  à  la  Grèce.
L’article  23  du  traité  de  Berlin,  en  son  paragraphe  premier, ­
  exigea  du  sultan  l’application  sincère  du  firman  de
1868  et  la  promesse  même  d’y  apporter  les  modifications
équitables.  Sous  le  contrôle  des  consuls  européens  en  Crète,
eu  leur  résidence  de  Halepa,  près  de  la  Canée,  fut  signé  le
1.  Livres  Jaunes:  I.  Affaires  de  Crète,  juin  1894-février  1897;  —
H.  Conflit  gréco-turc.  Situation  de  l’empire  ottoman,  février-mai
1897.
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.