Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LES  AFFAIRES  DE  CRÈTE.

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longtemps  aux  grandes  puissances  ce  qui  se  passait  dans
l’île.  Les  plaintes  des  chrétiens  finirent  par  obtenir  l’attention ­
  de  l'Europe.
En  juin  1891,  l’Assemblée  crétoise  demanda  au  sultan  la
nomination  d’un  vali  chrétien  et  une  organisation  régulière
du  système  des  impôts.  Ces  demandes  furent  appuyées  par
les  ambassadeurs  des  puissances,  et  Abd-uI-Hamid  montra
de  la  bonne  volonté;  il  céda,  au  bout  de  quelques  mois,
aux  instances  des  uns  et  des  autres,  et,  le  5  mai  1895,  il
nomma  au  gouvernement  de  l’ile  un  chrétien  Karatheodorypacha.
  L’accord  sans  doute  allait  pouvoir  ainsi  s’établir
entre  le  gouverneur  et  l’assemblée,  dans  le  plus  grand  intérêt ­
  de  l’ordre  et  de  la  prospérité  du  pays.
Mais  les  musulmans  de  la  Crète  protestèrent  violemment  ;
avec  un  vali  chrétien  et  une  majorité  chrétienne  à  l’Assemblée, ­
  quel  allait  être  leur  sort?  Ils  étaient  dès  lors  à  la
merci  des  infidèles.  Le  sultan  ne  pouvait  pas  vouloir  un
pareil  scandale  :  on  lui  avait  évidemment  forcé  la  main  ;  le
meilleur  moyen  de  lui  être  agréable  devait  être  de  lui  désobéir. ­
  Le  comité  musulman  de  la  Canée  fit  appel  à  la  résistance, ­
  à  la  haine  des  Roumis,  à  la  guerre  civile  ;  quelques
chrétiens  furent  assassinés  sur  plusieurs  points  de  l’île  ;
une  véritable  guerre  fut  déclarée  au  nouveau  gouverneur,
des  attentats  dirigés  contre  lui.  Le  commandant  militaire,
Emin-pacha,  se  leva  ouvertement  contre  Karathéodory  ;
les  gendarmes  refusèrent  d’obéir  à  celui-ci.  Il  semble  bien
■que  la  Porte  encourageait  ces  démonstrations  :  elle  avait
nommé  un  vali  chrétien  sous  la  pression  des  puissances  ;
mais  elle  ne  voulait  pas  qu’il  réussît,  elle  voulait  avoir  des
raisons  de  le  rappeler  bientôt  et  de  rendre  une  autorité  plus
forte  aux  fonctionnaires  musulmans.
Les  provocations  des  musulmans  amenèrent  les  ripostes
des  chrétiens.  Les  désordres  continuèrent,  toujours  plus
graves.  Karathéodory,  impuissant  à  les  faire  cesser,  fut
rappelé,  remplacé,  le  8  mars  1896,  par  un  musulman,
Turkhan-pacha,  dont  le  premier  soin  fut  d’ajourner  sans
date  la  convocation  de  l’Assemblée.
Encouragés,  les  musulmans  tombent  sur  les  chrétiens,
soulèvent  des  émeutes  sanglantes  dans  les  principales  villes
où  ils  sont  nombreux,  La  Canée,  Candie,  Rethymo.  Le
24  mai,  on  se  bat  dans  les  rues  de  La  Canée,  toute  la  population ­
  est  en  armes;  les  cawas  des  consuls  de  Russie  et  de
<irèce  sont  tués  par  les  musulmans.  Le  consul  de  France
            
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