Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LES AFFAIRES DE CRÊTE. 
26» 
le pays, que le seul moyen d’assurer son bonheur est de le 
rattacher à la Grèce, que le gouvernement hellénique ne 
peut consentir à rappeler ses troupes et à abandonner ainsi 
les chrétiens Crétois à la merci du fanatisme turc, qu’elles 
y resteront jusqu’à ce que les habitants de l ile aient eux- 
mêmes librement déclaré, par plébiscite, comment ils veu 
lent être gouvernés. 
Les puissances proclament le blocus de la Crète, pour 
empêcher tout débarquement de nouvelles troupes ; les 
marins de la flotte internationale prennent possession des 
principaux ports ; La Canée, Réthymo, Candie, Sitia ; ils 
sont bientôt renforcés par de nouveaux bataillons envoyés 
par tous les gouvernements. Le dépôt de l’ile entre les 
mains de l’Europe est accompli. Comme il est nécessaire, 
pour assurer l’ordre, d’augmenter les effectifs et qu’il ne 
paraît pas indispensable que toutes les puissances y contri 
buent exactement dans les mêmes proportions, que par 
exemple il est difficile à l’Allemagne d’entretenir des soldats 
dans la Méditerranée, le gouvernement anglais propose que 
la Crète soit occupée, au nom de l’Europe, par deux puis 
sances comme la France et l’Italie, ou par une seule comme 
la France. Le gouvernement russe est disposé à appuyer 
les propositions de l’Angleterre. Le gouvernement français 
ne les accepte pas ; il veut, sans doute, avoir les mains 
nettes, ne pas donner à l’Angleterre une raison de garder 
l’Égypte ; il s’en tient à la formule du concert européen : 
pas de condominium, pas d’action isolée. La Crète reste 
occupée par les contingents des six grandes puissances. Le 
22 mars, les chefs insurgés de la montagne sont informés 
officiellement par une proclamation des amiraux que la 
Crète est désormais sous la garantie effective de l’Europe et 
que son autonomie est ainsi assurée. La paix se rétablit 
dans l ile. 
La Grèce ne veut pas se contenter de ce résultat qui ne 
lui est pas directement profitable. Elle veut l’annexion de 
la Crète ; mais elle n’a plus maintenant l’avantage de se 
dévouer ou de paraître se dévouer à une cause désinté 
ressée ; son masque chevaleresque lui a été arraché ; elle 
excite moins de sympathies. 
Elle tient à sortir de cette affaire, qui lui a coûté beau 
coup, qui a achevé de compromettre l’équilibre de son bud- 
jet, avec des satisfactions équivalentes: il faut que l’hellé 
nisme triomphe ; il s’est trop avancé pour reculer. Le roi
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.