Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LES  AFFAIRES  DE  CRÊTE.

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le  pays,  que  le  seul  moyen  d’assurer  son  bonheur  est  de  le
rattacher  à  la  Grèce,  que  le  gouvernement  hellénique  ne
peut  consentir  à  rappeler  ses  troupes  et  à  abandonner  ainsi
les  chrétiens  Crétois  à  la  merci  du  fanatisme  turc,  qu’elles
y  resteront  jusqu’à  ce  que  les  habitants  de  l  ile  aient  euxmêmes
  librement  déclaré,  par  plébiscite,  comment  ils  veulent ­
  être  gouvernés.
Les  puissances  proclament  le  blocus  de  la  Crète,  pour
empêcher  tout  débarquement  de  nouvelles  troupes  ;  les
marins  de  la  flotte  internationale  prennent  possession  des
principaux  ports  ;  La  Canée,  Réthymo,  Candie,  Sitia  ;  ils
sont  bientôt  renforcés  par  de  nouveaux  bataillons  envoyés
par  tous  les  gouvernements.  Le  dépôt  de  l’ile  entre  les
mains  de  l’Europe  est  accompli.  Comme  il  est  nécessaire,
pour  assurer  l’ordre,  d’augmenter  les  effectifs  et  qu’il  ne
paraît  pas  indispensable  que  toutes  les  puissances  y  contribuent ­
  exactement  dans  les  mêmes  proportions,  que  par
exemple  il  est  difficile  à  l’Allemagne  d’entretenir  des  soldats
dans  la  Méditerranée,  le  gouvernement  anglais  propose  que
la  Crète  soit  occupée,  au  nom  de  l’Europe,  par  deux  puissances ­
  comme  la  France  et  l’Italie,  ou  par  une  seule  comme
la  France.  Le  gouvernement  russe  est  disposé  à  appuyer
les  propositions  de  l’Angleterre.  Le  gouvernement  français
ne  les  accepte  pas  ;  il  veut,  sans  doute,  avoir  les  mains
nettes,  ne  pas  donner  à  l’Angleterre  une  raison  de  garder
l’Égypte  ;  il  s’en  tient  à  la  formule  du  concert  européen  :
pas  de  condominium,  pas  d’action  isolée.  La  Crète  reste
occupée  par  les  contingents  des  six  grandes  puissances.  Le
22  mars,  les  chefs  insurgés  de  la  montagne  sont  informés
officiellement  par  une  proclamation  des  amiraux  que  la
Crète  est  désormais  sous  la  garantie  effective  de  l’Europe  et
que  son  autonomie  est  ainsi  assurée.  La  paix  se  rétablit
dans  l  ile.
La  Grèce  ne  veut  pas  se  contenter  de  ce  résultat  qui  ne
lui  est  pas  directement  profitable.  Elle  veut  l’annexion  de
la  Crète  ;  mais  elle  n’a  plus  maintenant  l’avantage  de  se
dévouer  ou  de  paraître  se  dévouer  à  une  cause  désintéressée ­
  ;  son  masque  chevaleresque  lui  a  été  arraché  ;  elle
excite  moins  de  sympathies.
Elle  tient  à  sortir  de  cette  affaire,  qui  lui  a  coûté  beaucoup, ­
  qui  a  achevé  de  compromettre  l’équilibre  de  son  budjet,
  avec  des  satisfactions  équivalentes:  il  faut  que  l’hellénisme ­
  triomphe  ;  il  s’est  trop  avancé  pour  reculer.  Le  roi
            
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