LA DEUXIÈME GUERRE DES BALKANS (1912-1913). 289
guéli, sur le Vardar, pour séparer les Serbes des Grecs,
rejeter les Grecs sur Salonique et à la mer, les Serbes sur
üskub, occuper Monastir et prendre toute la Macédoine.
Il est sûr que le succès de ce plan lui eût garanti, dans la
distribution des dépouilles turques, la part du lion, et lui
eût réservé la domination des Balkans, réduisant la Serbie
et la Grèce à une situation secondaire, à une sorte de vas
salité.
On vit rarement déception plus profonde et faute poli
tique plus lourde. La face de Thistoire peut en être entière
ment changée.
Les Bulgares furent vaincus sur toute la ligne. Ils
échouèrent devant Guevguéli et durent lâcher la ligne du
Vardar. Les Serbes et les Monténégrins les refoulèrent de
la vallée de la Bregalnitza, affluent de gauche du Vardar,
et les rejetèrent sur leurs anciennes frontières. Les Grecs
les poursuivirent sur Doïran, Serrés, Stroumitza, Demir-
Hissar, commencèrent de remonter derrière eux la Strouma,
qui prend sa source à quelques kilomètres de Sofia. Cepen
dant la Roumanie, selon Tavertissement qu’elle avait
donné, se prononça pour l’alliance serbo-grecque, déclara
la guerre à la Bulgarie, fit passer le Danube à ses troupes
toutes fraîches, parmi le plus ardent enthousiasme de toute
l’opinion publique roumaine.
Alors la défaite des Bulgares tourna à la débâcle. Ils
fuyaient partout devant les Grecs. La ruine de leur grand
rêve, le désespoir causé par un désastre si inattendu et si
proche des plus glorieuses victoires, les affolèrent : ils s’en
allaient, en pillant et massacrant effroyablement les malheu
reuses populations qu’ils trouvaient sur leur passage. A
Serrés, Doxato, Kilkich, Melnik, sur toutes les routes de la
retraite, ils commirent des excès épouvantables, et l’histoire
sera obligée de garder le souvenir des atrocités bulgares,
après celui des « atrocités de Bulgarie » dont ils avaient
été victimes de la part des Turcs trente-cinq ans aupara
vant. Triste épisode de cette guerre fratricide, qui leur fera
le plus grand tort 1
Ils en furent déjà punis. Les victoires de leurs ennemis,
de leurs alliés d'hier, se multipliaient de jour en jour. Les
Serbes prirent Kotchana, envahirent le territoire bulgare
du côté de Widdin, menacèrent cette ville, arrivèrent
devant Tsaribrod, en pays bulgare, à cinquante kilomètres
E, Drîaült. — Question d’Orient. 19