LA DEUXIÈME GUERRE DES BALKANS (1912-1913). 291
démantelé et ainsi la Bulgarie à la merci d’une offensive
roumaine, la Roumanie en position d’exercer sur toute la
péninsule balkanique une véritable hégémonie : une posi
tion semblable à celle du Piémont jadis au Nord de l’Italie,
dans la région du Pô, auquel le Danube ressemble ici à cet
égard.
La Macédoine fut partagée, mais non pas au bénéfice
des Bulgares ; ils n’eurent qu’une partie de la vallée de la
Strouma et de celle de la Mesta, avec Stroumitza et
Xanthi, les Grecs leur laissant d’ailleurs un accès à la mer
Égée entre Cavala et Dédé-Âgatch. Ainsi quelques régions
de population bulgare se trouvèrent attribuées à la Serbie ;
en effet la Serbie eut la plus grande partie de la vallée du
Vardar, et Monastic ; elle eut par là une frontière commune
avec les Grecs, avec lesquels elle resserra plus étroitement
son alliance contre toute velléité de revanche de la part
des Bulgares. La Grèce eut, outre la Crète, Cavala, Serrés,
la Chalcidique et l’Épire, sauf la limite à déterminer vers
l’Albanie méridionale. La question des Iles restait réservée
selon les termes du traité de Londres.
L’Autriche, inquiète des victoires serbes, célébrées avec
enthousiasme par les Bosniaques, protesta contre le traité
de Bucharest, contre l’écrasement infligé à la Bulgarie. La
Russie voulut assurer Cavala à la Bulgarie : elles se dispu
taient la reconnaissance bulgare. Mais elles ne furent sou
tenues respectivement ni par l’Allemagne ni par la France ;
elles renoncèrent à leur opposition, et le traité de Bucha
rest prit un caractère définitif, aussi définitif du moins
que peuvent être les choses humaines, et surtout les choses
de l’Orient.
C’est un succès considérable pour la Roumanie qui pour
rait bien avoir recueilli sans se battre les principaux béné
fices de ces sanglantes luttes.
Quant aux Turcs, ils se réinstallaient tranquillement à
Andrinople. La Bulgarie sollicita l’intervention des grandes
puissances, en les priant de faire respecter les conditions
du traité de Londres : grand signe de faiblesse que d’être
obligé d’appeler au secours, de ne pouvoir se défendre soi-
même. Les puissances sommèrent la Porte de respecter le
traité de Londres: elle enregistra ces sommations, sans
autre émoi. Il fut question d’une action militaire de la
Russie, au nom de l’Europe : combinaison bien dangereuse