292 EN EUROPE. — ARMÉNIE. — CRÈTE. — MACÉDOINE.
pour la paix générale si fragile. En fin de compte, les puis
sances conseillèrent à la Bulgarie de s’adresser directe
ment à la Turquie et de tâcher de s’accorder avec elle. Les
Bulgares s’y résignèrent ; ils espérèrent, ou ils affectèrent
d’espérer, pour cacher leur humiliation, une alliance avec
la Turquie contre les Grecs et les Serbes. Mais les Turcs
ne s’y prêtèrent pas, et les Bulgares eurent la suprême
douleur et le sévère châtiment de perdre les champs de
bataille de Lulé-Bourgas et de Kirk-Kilissé, et Andrinople,
leur conquête la plus glorieuse.
Ce fut l’objet du traité conclu à Constantinople le 30
septembre 1913, qui ferma pour un moment la crise dont
nous avions entrepris l’histoire.
La paix actuelle laisse beaucoup de questions en sus
pens pour être durable ; sans doute elle ne durera pas plus
que la fatigue des belligérants. Cette fatigue d’ailleurs, à
tous égards, paraît assez grande pour nous donner le temps
de poser quelques conclusions des derniers événements.
D’abord il faut dire ce qui reste à résoudre au lendemain
des traités de Londres, Bucharest et Constantinople
(octobre 1913).
Il y a une question financière. Depuis longtemps la Tur
quie ne vivait guère que des capitaux de l’Occident et
notamment de la France, garantis en partie du moins par
les ressources des pays qui viennent de lui être enlevés.
C’est pourquoi il fut impossible à ses vainqueurs d’exiger
d’elle une indemnité de guerre ; ce sont ses créanciers qui
en auraient subi les frais. D’autre part, ces créanciers ont
besoin que leur gage soit sauvegardé, et les héritiers de
« l’homme malade » en Macédoine ou ailleurs devront
supporter la part de la dette ottomane correspondante aux
revenus des pays par eux conquis. D’où la nécessité de
remanier tout le système financier qui met depuis long
temps la Turquie sous la tutelle financière de l’Europe,
dans une espèce de protectorat économique qui sans doute
n’est pas pour finir. C’est le programme de la conférence
financière qui se tient à Paris à cause des grands intérêts
financiers de la France dans tout le Levant.
Il y a ensuite la question de l’Albanie : il a été difficile
d’en fixer les limites du côté du Nord et d’arracher Scutari
au Monténégro. Il n’est point facile d’en fixer les limites