LE GRAND EFFORT DES RUSSES.
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Ata, Tchimkent, ouvrit la route de Tachkent, la plus grande
ville du Turkestan. Dans la crainte de mécontenter l’Angle
terre, le gouvernement lui envoya l’ordre de rebrousser
chemin ; il mit la dépêche dans sa poche et prit Tachkent
— juin 1865. Il fut rappelé pour désobéissance; mais la
Russie garda la ville. Il laissa une légende dans l’armée et
le peuple. Les soldats chantèrent longtemps ses hauts
faits. Les Kirghiz, dans les poèmes que leurs bardes consa
crent aux preux, l’appelèrent leur « chevalier ». Les Turco
mans traduisirent son nom en Tchir-Naïp, « semblable au
lion ».
Son successeur, le général Romanowski, eut à repousser
les attaques du khan de Boukhara, Mozaiïer. Avec une petite
armée de 3.600 hommes, il le battit à Irdjar — mai 1866, —
prit Khodjent. Les nouvelles conquêtes furent organisées en
« gouvernement russe du Turkestan », sous le commande
ment du général Kauffmann (1867). Mozaffer fut encore
battu à Zera-Buieh, sur le Zerafchan. Les Russes enlevèrent
Samarkand, la grande cité du Zerafchan, l’ancienne capitale
de Tamerlan qui y est enseveli, et cette conquête eut plus
de retentissement que leurs autres victoires. Le khan de
Boukhara s’avoua vaincu — juillet 1868, — paya une forte
contribution de guerre et se reconnut le vassal du tsar.
Bientôt après, le pays de Khokand eut le même sort. Les
habitants de cette ville avaient chassé leur khan, Khudayar,
auquel ils reprochaient d’être tout dévoué aux Russes. Use
retira à Orenbourg. Une petite armée russe, sous Skobelef,
battit les révoltés à Makram (1875), occupa Khokand et les
villes voisines, et en forma la nouvelle province du Ferg
hana, le plus riche territoire du Turkestan russe.
Le khan de Khiva lui-même fut réduit à la soumission.
Sa capitale avait été une première fois occupée, puis éva
cuée, en 1854. En 1871, inquiet des progrès des Russes, il
suscita un soulèvement des tribus des Kirghiz. Après un
échec en 1872, le général Kauffmann résolut d’attaquer
Khiva par trois directions différentes. Trois corps d’armée
partirent d’Orenbourg, de Tachkent et de Krasnovodsk sur
la mer Caspienne. La colonne d’Orenbourg fut décimée pai
le climat et les tempêtes du désert : elle se perdit presque
tout entière. Les deux autres, sous Kauffmann et Skobelef,
très maltraitées aussi, arrivèrent devant Khiva, et, après un
bombardement, y entrèrent par la brèche. Le khan traita :
il céda toute la rive droite de l’Amou-Daria, permit la libre