LA SITUATION PRÉSENTE.
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Cap de Bonne-Espérance à l’Australie, en passant par les
détroits de Bab-el-Mandeb et de Singapour, ils régnent sur
toutes les côtes de l’Océan Indien. Ils ont, pour ainsi dire,
tiré l’Australie du néant, entrepris la conquête de l’Afrique
orientale. Ils ont mcr\ illeusement organisé l’IIindoustan ;
ils en exploitent les richesses avec la plus grande habileté ;
ils en tirent d’énormes fortunes. Cet empire est sillonné de
voies ferrées rayonnant en tous sens, de part et d’autre des
grandes lignes de Calcutta à Bombay, de Bombay à Madras.
D’autres routes de pénétration se tendent vers les pays voi
sins, par la Birmanie vers la Chine, par l’Indus vers l’Afgha
nistan. Celle-ci a aussi un grand intérêt stratégique, pour
les luttes possibles contre la Russie. Elle se détache de la
ligne Calcutta-Bombay à Allahabad, et, remontant la
Djemma par Agra et Delhi, elle traverse le Pendjab par
Lahore, coupe l’Indus à Attock, remonte le Kaboul à l'abri
du camp retranché de Peïchawer et s’arrête au pied du col
de Khaïber, à l’entrée des défilés qui conduisent à Kaboul.
Elle est doublée dans le même intérêt par la ligne de Bom
bay à l’Indus, qui serait spécialement destinée au trans
port des troupes arrivées d’Europe. Elle franchit l’Indus à
l’est de Chikarpour , où elle est rejointe par la ligne qui
vient de Kouratchi, port aujourd’hui bien aménagé, à l’em
bouchure du fleuve. De là, tournant les monts Solimans par
le sud, elle traverse le col de Bolán et finit à Quettah. La
distance de Quettah à Kandahar est à peu près la même
que celle qui sépare Peïchawer de Kaboul, et il est à sup
poser que les armées anglaises pourraient occuper rapide
ment toute la partie orientale de l’Afghanistan.
L’Angleterre se préoccupe en effet de la défense de son
empire, qui, autrefois isolé, loin des atteintes des puissances
européennes, est maintenant en contact avec de redouta
bles rivales, la France sur le Mékong, la Russie sur les
pentes du Pamir et de PHindou-Kousch. Elle a perdu les
avantages de la position insulaire de la Grande-Bretagne,
qui assura tant de fois son salut ; elle est devenue vulné
rable comme toutes les puissances du continent, plus
même que la Russie. Sa marine, si considérable qu’elle soit,
a à défendre des terres bien vastes, éparses sur le globe
entier. Toute sa force, aussi bien, repose sur sa réputation;
depuis près d’un siècle elle n’a pas été mise à l’épreuve.
Qui sait si elle serait capable de compenser l’insuffisance
de l’armée de terre ?