LA SITUATION PRÉSENTE.
32.')
En décembre 1897, deux missionnaires catholiques allemands
furent massacrés dans le pays de Chan-Toung ; un
vaisseau allemand débarqua des marins dans la baie de
Kiao-Tcheou ; le gouvernement de Berlin exigea une
indemnité et obtint la cession à bail de ce point des côtes
chinoises, à l’entrée du golfe de Pe-tchi-li, et le droit d’exploiter
les houillères de la presqu’île de Chan-Toung. Le
gouvernement russe aussitôt fit occuper Port-Arthur et la
presqu’île de Liao-Toung, de l’autre côté du golfe de Petchi-li,
et l’empereur de Chine lui reconnut des avantages
analogues et notamment le droit de faire aboutir là le chemin
de fer transsibérien sous le nom de transmandchourien.
Les Anglais occupèrent dans des conditions semblables
Weï-haï-weï, dans les mêmes parages ; la France
occupa sur la côte méridionale de la Chine la baie de
Kouang-Tchéou-Ouan, en se réservant l’espérance de
s’établir ensuite dans l’île de Haï-nan.
Mais aussitôt les événements se précipitèrent avec une
rapidité imprévue. La Chine esquissa un mouvement de
révolte contre les « diables étrangers », et les Boxeurs
assiégèrent les Légations à Pékin. Il y fallut une intervention
armée de l’Europe, où le Japon montra la discipline
et la belle organisation de ses troupes. Tout à coup, en
janvier 1902, le monde entier fut étonné en apprenant
l’alliance anglo-japonaise. Le Japon y trouva le moyen
d’immobiliser l’alliance franco-russe et d’isoler la Russie :
elle avait occupé la Mandchourie, sous prétexte d’assurer
la police du chemin de fer ; elle menaçait de prendre peu
à peu la Corée; elle en commençait déjà l’exploitation.
Le Japon, en juillet 1903, lui demanda de renoncer à
toute influence en Corée et de fixer la condition de la
Mandchourie. Elle se prêta mal à cette négociation, qui
fut rompue en février 1904. Ce fut la guerre de Mandchourie
; elle dura près de deux ans ; les Russes furent battus
partout, sur terre et sur mer, notamment à Moukden et
Tsou-shima; ils perdirent Port-Arthur, et, comme la
médiation des États-Unis s’offrait, ils consentirent à négocier.
La paix de Portsmouth, en septembre 1905, régla, sans
doute pour longtemps, la situation politique de l’Extrême-Orient
: la Russie renonça à Port-Arthur, à toute action
sur la Corée, et évacua la Mandchourie. Les victoires des
Japonais ont réveillé le monde jaune. La Chine sort de sa