Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

33e EN AFRIQUE. — LA QUESTION DU NIL ET DU NIGER. 
C’est pourquoi elle s’accorda toujours avec le commerce 
des esclaves. Le bétail humain est depuis des siècles en 
Afrique le principal objet des transactions. 11 est chassé par 
des bandes de marchands fortement organisées qui le pous 
sent après la battue dans des parcs palissadés. Les traitants 
musulmans ne s’en font pas scrupule : car pour eux les 
nègres ne sont pas des hommes, mais des démons, tout au 
moins des « idolâtres », et il est agréable à Dieu qu’ils 
soient supprimés ou traités comme des animaux. Ce 
bétail est concentré peu à peu, avec un chiffre de perte 
notable qui n’empêche pas la vente du produit d’être tou 
jours rénumératrice, dans des entrepôts généraux, comme 
Tabora près du lac Tanganika, Tombouctou et Kouka, El 
Obéid et Khartoum. De là, de longues files d’esclaves, 
enchaînés et groupés deux à deux sous un lourd carcan, 
sont dirigées sur les ports d’embarquement de la mer Rouge, 
Zeïlah, Massouah, ou Souakim ; car le commerce du « bois 
d’ébène » trouve encore des débouchés très suffisants en 
Asie et surtout dans l’empire ottoman. 
Les Européens sont les ennemis détestés de tous ces chas 
seurs de nègres, de tous ces cheikhs propriétaires de parcs 
à esclaves, non pas tant parce qu’ils sont chrétiens que parce 
qu’ils sont anti-esclavagistes et que le développement de leur 
influence sera la ruine économique des maîtres du désert. 
Aussi, à mesure qu’ils gagnent du terrain, sous leur con 
tact mortel, le fanatisme musulman s’exaspère, et, dans ces 
dernières années, la propagande a pris une activité et une 
intensité qu’elle n’avait pas eues depuis plusieurs siècles. 
Le sultan de Constantinople, le chef officiel de tous les 
fidèles, n’en pouvait plus être l’inspirateur direct : car non 
seulement il avait perdu la foi des temps de la conquête ; 
mais il subissait les conseils des chrétiens ; il entreprenait 
pour leur plaire de prétendues réformes dans son empire ; 
il n’avait plus sa liberté vraiment, en sorte que plus sa poli 
tique convenait aux puissances européennes, plus les vrais 
musulmans se détachaient de lui. Ceux-ci le considéraient 
désormais, avec quelque raison d’ailleurs, comme un pri 
sonnier aux mains des infidèles, et comment ainsi lui 
auraient-ils dû l’obéissance ? 
L’action islamique s’est dès lors concentrée entre les 
mains des membres des confréries, qui, primitivement ins 
tituées dans un but exclusivement religieux, se sont trans 
formées et sont devenues de puissants instruments poli-
	        
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