344 EN AFRIQUE. — LÀ QUESTION DU NIL ET DU NIGER.
Les Égyptiens supportèrent mal la nécessité de rompre avec
leurs commodes errements financiers, de cesser le gaspil
lage fructueux d’autrefois ; ils ne pardonnèrent pas aux
étrangers de faire succéder au temps des vaches grasses
celui des vaches maigres, de faire des économies sur tout,
de tarir la source des libéralités du khédive, et d’interrompre
les trafics peu scrupuleux qui les enrichissaient si aisément.
L’armée, dont ils étaient si fiers, fut réduite au chiffre de
11.000 hommes ; la solde des officiers, leur nombre même
furent diminués : 2.500 d’entre eux furent mis en demi-
solde. Le khédive, qui avait jusque-là confondu très volon
tiers le trésor public et le sien, ne se résigna pas à tou
cher désormais un traitement fixe ; il encouragea par sa
contenance, par d’imprudentes paroles, l’irritation géné
rale.
Le 18 février 1879, le jour du dosseh ou de la fête
annuelle célébrée à l'occasion du retour du tapis de La
Mecque, Nubar-pacha et sir Rivers Wilson, insultés par
plusieurs centaines d’officiers qui demandaient à être payés,
furent réduits à s’enfermer dans le ministère des finances et
assiégés par la foule. Le khédive se rendit sur les lieux et
dispersa le rassemblement avec l’aide de la troupe. Il était
d’ailleurs d’autant plus populaire qu’on le savait opposé aux
mesures des contrôleurs.
Le lendemain, Nubar-pacha fut obligé de donner sa démis
sion, et le khédive déclara qu’il présiderait désormais lui-
même le conseil des ministres. Quelle indépendance aurait
ce conseil, sous l’autorité présente d’ismaïl ? MM. de Bli-
gnières et Wilson protestèrent. Deux bâtiments de guerre
français et anglais furent envoyés à Alexandrie.
Le khédive tint bon. Il convoqua une assemblée de nota
bles, pour paraître avoir la main forcée. Mais il l’avait
nommée tout entière ; il se fit adresser par elle, par les
pachas, par les fonctionnaires de son gouvernement, des
pétitions demandant que l’Égypte fût aux Égyptiens. Le
!*'■ avril, à la suite d’une démarche des notables, il déclara
que l’Égypte voulait et pouvait payer ses créanciers, mais
qu’elle refusait de se laisser mettre en tutelle ; et il renvoya
les deux contrôleurs généraux, « l’adjonction de l’élément
étranger au cabinet étant de nature à blesser la nation
dans ses sentiments les plus chers ».
Les gouvernements français et anglais répiiquèreni en
sommant le khédive d’abdiquer sur le champ, sous la menace