Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

I.’ÉTHIOPIE ET LES ITALIENS. 35i> 
Zoullah. Leur apparition permit aux ras abyssins de se 
soulever contre le négus. Celui du Ghoa, Ménélik, petit-fils 
de Sahala-Sélassié que Théodoros avait détrôné, refusa de 
lui amener ses soldats. Celui du Tigré, Kassaï, fit alliance 
avec les Anglais et les laissa passer sur son territoire. Ils 
s’engagèrent dans les montagnes par Sénafé, Adigrat, An- 
talo, et arrivèrent presque sans coup férir devant la forte 
resse de Magdala, où le négus était retranché avec sa petite 
armée, très réduite par les insurrections. Le 10 avril 1868, 
il fut écrasé devant la ville. Il chargea Rassam de négocier 
pour lui : sir Robert Napier exigea une capitulation sans 
conditions. Théodoros renvoya ses prisonniers au camp 
anglais, la plus grande partie de ses soldats, et attendit 
l’assaut avec 16 hommes, dans la partie la plus inaccessible 
de la citadelle. Le 13 avril, les Anglais enlevèrent Magdala. 
Quand le négus les vit approcher, il mit le canon de son 
pistolet entre ses dents, et se fit sauter la cervelle. 
Satisfaite de cette vengeance, l’Angleterre rappela son 
armée. Les circonstances avaient favorisé son succès ; mais 
elle ne se croyait pas capable de garder le pays ; elle savait 
qu’il y aurait fallu des troupes nombreuses et beaucoup 
d’argent. L’Éthiopie retomba dans l’anarchie : les ras se 
disputèrent le pouvoir ; celui de l’Amhara, Gobhesié, se pro 
clama négus à Gondar ; ceux du Tigré et du Choa refusèrent 
de lui obéir. Au bout de quatre ans, Kassaï, ras du Tigré, 
battit et tua Gobhesié, et, dans l’église d’Axoum, capitale 
religieuse du pays, il se fit couronner sous le nom de Johan- 
nès (janvier 1872). 
Son autorité ne fut pas reconnue par ses rivaux. Son 
règne fut troublé par les attaques des Égyptiens, puis par 
celles des Madhistes. Ceux-ci brûlèrent Gondar, capitale de 
l’Amhara ; le négus marcha contre eux, fut tué à la bataille 
de Metemmeh (10 mars 1889). Avant de mourir, il désigna 
pour son successeur son fils naturel, le ras Mangascia. 
Cependant, sous Ménélik II, le Choa restait indé 
pendant et de jour en jour plus puissant. La légende 
rattache sa filiation à la fameuse reine de Saba, qui 
aurait eu de Salomon un fils, Ménélik I", empereurd’Éthio* 
pie. Quoi qu’il en soit, son grand-père Sahala-Sélassié ayant 
été vaincu par Théodoros, il fut emmené en captivité à 
Gondar et y fut retenu douze ans. Il parvint à s’enfuir, 
rentra dans Ankober sa capitale et s’y proclama roi (1865). 
Indépendant dans le Choa, il y fortifia son autorité, étendit
	        
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