Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LÉ.HI0P11-:  ET  LES  ITALItNS.  "«I
n’épargna  ni  femmes  ni  enfants,  il  revint  à  Entoto  chargé
de  butin.  C’était  peut-être  pour  lui  un  moyen  d’augmenter
le  nombre  de  ses  soldats  par  l’appàt  des  richesses.  Il  n’était
pas  fâché  de  la  défaite  de  son  vassal,  qui  serait  le  meilleur
gage  de  sa  fidélité  future.
Alors  il  appela  tous  les  chefs  de  l’Ethiopie  à  la  grande
assemblée  de  Borroumeda.  Il  y  affirma  l’absolue  indépendance ­
  de  son  pouvoir  et  la  nécessité  où  les  Italiens  le  mettaient, ­
  malgré  son  désir  de  la  paix,  de  défendre  par  les
armes  sa  souveraineté  et  l’intégrité  de  ses  frontières.  «  Un
ennemi  a  traversé  les  mers;  il  a  violé  nos  frontières  pour
détruire  notre  patrie  et  notre  foi.  J’ai  négocié  longtemps
dans  l’espoir  d’obtenir  justice  sans  que  le  sang  fût  versé.
Mais  l’ennemi  ne  veut  rien  entendre  :  il  avance  toujours,
minant  nos  terres  et  nos  peuples,  comme  font  les  taupes.
C’est  assez  !  Avec  l’aide  de  Dieu,  je  défendrai  l’héritage  de
mes  aïeux  et  je  repousserai  par  les  armes  l’envahisseur.  Que
celui  qui  en  a  la  force  m’accompagne  !  Que  celui  qui  ne  l’a
pas  prie  pour  nous.  ‘  »  Tous  les  ras  présents  lui  jurèrent
fidélité,  au  milieu  d’un  grand  enthousiasme  patriotique  ;
150.000  hommes  le  suivirent  au  nord.
Au  commencement  de  décembre  1895,  ils  furent  en  contact
avec  l’avant-garde  italienne,  parvenue  à  l’Amba-Alaghi,  à
quelque  distance  au  nord  du  lac  Ascianghi.  Le  major  Toselli,
quila  commandait,  les  vit  couronner  les  hauteurs  voisines,
et  en  fut  elfrayé  :  «  Ils  sont  beaucoup,  beaucoup  I  écrivait-il
au  général  Arimondi.  Je  vois  les  lueurs  des  feux  s’enfoncer
à  gauche,  à  droite,  en  face,  dans  les  profondeurs  de  l’horizon ­
  ».
Le  7  décembre,  la  colonne  Toselli  fut  tout  entière  détruite,,
et  son  chef  tomba  au  premier  rang,  sur  les  positions  dont
il  avait  la  garde.  Le  major  Galliano  fut  enfermé  dans  Makallé,
y  soutint  un  siège  pénible,  et  reçut,  le  25  janvier  1896,  l’autorisation ­
  de  capituler,  à  condition  de  rejoindre  l’armée
principale.  Ménélik  y  consentit,  le  fit  accompagner  par  une
partie  de  ses  hommes,  et  cependant,  tournant  à  l’ouest,
dans  la  direction  d’Adoua  et  d’Axoum,  sans  que  Baratieri
s’opposât  à  cette  marche  de  flanc  très  habile,  il  obligea  les
Italiens  à  reculer  sur  Adigrat,  à  la  frontière  septentrionale
du  Tigré.  Crispi  songea  à  envoyer  des  troupes  vers  Zeïlah,
1.  E.  Petit,  L  Abyssinie  et  les  inléi'êts  fi'unçais,  decís  ic  Correspondant ­
  du  10  mars  1897.
            
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