LES FRANÇAIS DANS L’AFRIQUE OCCIDENTALE. 263
Kassala, avec un horizon moins vaste, mais dégagé de
nuages.
V. — Les Français dans l’Afrique occidentale.
Il y a déjà longtemps que l’Islam a cessé d’être redouta
ble dans l’Afrique occidentale, que son offensive jadis si
hardie s’est énervée. Il n’y a pas longtemps que la réaction
européenne a suivi son recul, qu'elle a entamé l’Afrique
elle-même.
Pendant plus de sept siècles, de la bataille de Xérès à la
prise de Grenade par les rois catholiques (711-1492), les
deux rivages du détroit de Gibraltar furent musulmans.
Alors les Maures, rajeunissant de siècle en siècle leur puis
sance par l’élévation de dynasties nouvelles, avaient dans la
féconde Andalousie leur plus riche colonie et réduisaient les
chrétiens aux plateaux désolés du nord. En 1492 seulement,
le dernier des Abencérages prit la route de l’exil et pleura
sur la fin de l’empire mauresque en Europe.
Les Espagnols poursuivirent d’abord leur avantage, fran
chirent à leur tour le détroit de Gibraltar, conduisirent de
glorieuses expéditions dans les pays barbaresques. Le car
dinal Ximénès pensa y fonder un empire chrétien ; on vit
Charles-Quint devant Alger et Tunis. Puis les Espagnols se
détournèrent de ce rivage si proche pourtant, si naturelle
ment lié à leurs ports. Ils allèrent chercher l’or des Indes
Occidentales ; ils se ruinèrent par les amollissantes richesses
du Nouveau-Monde ; comme épuisés par la croisade et la
découverte de l’Amérique, ils entrèrent dans l’oisiveté, dans
la décadence, s’y enfermèrent orgueilleusement, abandon
nèrent la direction de l’expansion européenne en Afrique.
De leur effort du xvi® siècle, ils n’ont gardé que Ceuta et
Melilla sur la côte marocaine.
Ainsi les États barbaresques restèrent pour longtemps
indépendants, musulmans d’ailleurs, incapables d’organisa
tion politique, occupés seulement de brigandage et de pira
terie. C’est encore aujourd’hui la condition du Maroc. Le
sultan de Fez est moins nuisible que celui de Constantino
ple, mais uniquement parce qu’il a moins de moyens de
nuire et que le terrain de son action est moins vaste. Il a
les mêmes habitudes, levant sur celles de ses tribus qui
daignent obéir des impôts exorbitants, au nom du Coran,
régnant par la terreur jusqu’aux limites où son autorité est