364 EN AFRIQUE. — LA QUESTION DU NIL ET DU NIGER.
reconnue. D’ailleurs ces limites ne sont pas très étendues :
les tribus des oasis du Sahara, vers Figuig, sont indépen
dantes ; de même celle des RilFains sur les bords de la Médi
terranée. C’est pourquoi cette terre naturellement très riche
est en grande partie pauvre et désolée: elle devrait être un
merveilleux jardin, elle est en général un désert inhabita
ble. Elle est une miniature de l’empire ottoman, et elle attire
de la part des gouvernements des préoccupations analogues.
Leurs jalousies, là aussi, les tiennent en équilibre, et
retardent un dénouement fatal. L’Angleterre fait beaucoup
de commerce avec Tanger, et redoute que l’établissement
d’une puissance forte sur la côte africaine ne neutralise l’im
portance stratégique de Gibraltar. Elle n’est pourtant pas
en situation d étendre sur le Maroc la sphère de son in
fluence.
S’il est un pays auquel le Maroc semble réservé par la
nature, c’est l’Espagne. Elle aurait à Ceuta une solide base
d’opérations, si elle était capable d’initiatives hardies, si
elle n’avait pas beaucoup à faire à maintenir dans l’obéis
sance les derniers morceaux de son empire colonial. Déjà il
serait trop tard pour qu elle pût occuper les routes saharien
nes del’Hinterland marocain : elle n’aurait làqu’une enclave
sans horizon.
Le gouvernement français peut craindre d’exciter les sus
ceptibilités de l’Espagne en développant résolument ses inté
rêts dans le Maroc, comme il a excité celle de l’Italie par l’occu
pation de la Tunisie. Cependant il doit avoir désormais dans
la solution de cette question une prépondérance incontestée.
Par Oran et Tanger, qui sont sur les routes de Marseille et
de Bordeaux vers Dakar et l’Amérique du Sud, le commerce
français l’emporte au Maroc sur celui de toutes les autres
nations européennes. Tout le long de la frontière oranaise
la France est en perpétuel contact, parfois amical, souvent
hostile, avec les tribus marocaines ; elle les presse vers
Figuig, elle souffre de leur anarchie, elle a un intérêt capi
tal à la faire cesser ; et d’ailleurs, à mesure que son in
fluence s’étend et se fortifie sur t )ute l’Afrique du nord-ouest,
le Maroc en est forcément pénétré, et le cours naturel des
années le conduit doucement dans les voies françaises, où
sont entrés déjà les autres pays barbaresques.
Car la France est la grande puissance latine, la vraie héri
tière de Rome sur les bords de la Méditerranée. Elle a entre
pris dans l’Afrique mineure une œuvre aussi jilorieuse et de