3iO en AFRIQUE. — LA QUESTION DU NIL ET DU NIGER.
La guerre de 1870 ne retarda pas longtemps l’expansion
coloniale de la France. C’est un hommage à rendre au gou
vernement de la République qu’il ne se soit pas un seul
moment résigné à un rôle secondaire au delà des frontières
du pays, et qu’il ait fait, au bout de peu d’années, le plus
remarquable usage de sa force reconstituée. En 1880 com
mença une période d’activité à laquelle seule l’expansion
russe en Asie peut être comparée.
Les progrès de l’Angleterre en Égypte, après l’établisse
ment du condominium financier en 1879, l’occupation de
Chypre par les Anglais en 1878, le développement momentané
de l’influence russe dans les Balkans par la formation de la
Bulgarie autonome, furent au gouvernement français l’occa
sion de réclamer sur la Méditerranée des compensations :
il les chercha en Tunisie. Aussi bien, les menées italiennes
y étaient inquiétantes, et le gouvernement de Rome cachait
mal la prétention de réoccuper Carthage. La France ne
pouvait consentir à un voisinage aussi dangereux : c’eût
été s’interdire tout agrandissement futur au sud de l’Algé
rie, compromettre l’avenir même de cette colonie. C’eût été
aussi maladroit que d’abandonner l’Égypte aux Anglais.
Jules Ferry ne commit pas cette faute.
Sous prétexte que les frontières de l’Algérie étaient sans
cesse infestées par les brigands des montagnes de la Kroumi-
rie, et que le gouvernement tunisien, mal disposé à l'égard de
la France par suite des menées italiennes, ne voulait pas
prendre la peine d’y mettre ordre, une armée française en
vahit le territoire de la Régence, n’y rencontra aucune ré
sistance sérieuse, arriva devant Tunis, fit signer au bey le
traité du Bardo, par lequel il reconnut le protectorat de la
France (12 mai 1881). Quelques résistances dans le sud du
pays furent vigoureusement réprimées, surtout par la prise
de Sfax (1882), et l’ordre fut bientôt parfait du nord au sud
de la Tunisie.
C’était un des plus beaux succès de la politique française
au XIX® siècle. Il donna à la France une très forte position
entre les deux bassins occidental et oriental de la Méditer
ranée, et Bizerte, en face de Malte, devint un des grandi
ports de guerre de cette mer.
Mais surtout il compléta très heureusement l’expérience
du gouvernement français en matière de politique extérieure.
Le système du protectorat, inauguré en ces circonstances
avec beaucoup de modération par le premier résident de