Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

372 EN AFRIQUE. — LA QUESTION DU NIL ET DU NIGER. 
lutter avantageusement contre elle. De même les déceptions 
subies par les Russes au traité de Berlin en 1878 et dans les 
années suivantes en Bulgarie les détournèrent vers l’Asie 
(centrale et orientale. De plus, la France en 1892 dénonça 
'Jes traités de commerce qu’elle avait signés sous le second 
[empire avec la plupart des nations européennes et organisa 
son régime douanier selon le système du plus rigoureux 
protectionnisme : un grand nombre de marchés se fermèrent 
ainsi à ses produits et il lui fallut s’assurer d’autres débou 
chés ; l’expansion coloniale devint pour elle une nécessité 
économique et sociale de premier ordre. 
C’est pourquoi elle a fait depuis, dans l’Afrique occiden 
tale surtout, un énorme effort, selon un plan très serré, 
appliqué avec un esprit de suite très remarquable et d’une 
incontestable grandeur. Elle a voulu nettement l’empire de 
l’Afrique septentrionale. 
En 1892, le capitaine Binger, parti du Sénégal, traversa 
le Niger supérieur, s’engagea dans la bouche du fleuve, 
parcourut le Mossi et le Kong, signa sur sa route des traités 
d’amitié avec les chefs du pays, notamment avec le roi 
Tiéba, arriva à la Volta, à la Comoë, descendit alors à la 
côte de Guinée vers Grand-Bassam. 11 avait contourné les 
colonies anglaises de la Gambie et de Sierra-Léone, fermé 
leur « hinterland », limité étroitement leur extension. 
En 1894, le lieutenant-colonel Bonnier descendit le Niger 
par Segou, arriva au sommet de la courbe que fait le fleuve 
au nord, enleva par surprise Tombouctou, la cité sainte, la 
cité mystérieuse toujours fermée aux Infidèles, désormais 
surmontée du drapeau tricolore. Il tomba bientôt après dans 
une embuscade de Touaregs ; mais sa conquête n'en fut 
nullement compromise, et la France garde la plus impor 
tante tête de ligne des caravanes du Sahara occidental ; la 
pénétration du désert en sera singulièrement favorisée. 
La même année, les comptoirs français de la côte du 
Dahomey furent pillés par le roi de ce pays, le farouche 
Béhanzin. Le colonel Dodds y fut envoyé, battit le roi nègre 
à Dogba, lui prit ses capitales Kana, Abomey, le força à fuir 
dans le nord. Quelques mois après, il l’atteignit et le fit 
prisonnier; tout son royaume devint français. Un poste fut 
aussitôt établi à la frontière septentrionale, Carnotville, d’où 
la pénétration française s’enfonce en tous sens dans la boucle 
du Niger, en arrière des possessions anglaises de la Côte 
d’or el de l’embouchure du fleuve. Plus loin, à l’est du
	        
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