Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LES  EUROPÉENS  DANS  LA  VALLÉE  DU  NIL  377
depuis  longtemps  en  rapports  d’amitié  avec  le  négus  ?
C’est  là  un  des  problèmes  de  l’avenir.
La  France  fut  dans  cette  course  fiévreuse  au  Nil  supérieur ­
  la  plus  redoutable  rivale  de  l’Angleterre.  Elle  conserve
en  Egypte  des  intérêts  considérables  auxquels  la  dernière
convention  ne  porte  aucune  atteinte  ;  elle  garde  la  direction
générale  des  antiquités,  et  la  liberté  de  ses  écoles  est  formellement ­
  garantie.  Elle  ne  considère  plus  seulement  Obock
comme  un  dépôt  de  charbon  sur  la  route  de  l’Océan  Indien,
mais  comme  la  base  naturelle  du  développement  de  son  influence ­
  vers  le  Choa,  le  Harrar,  le  pays  des  Gallas.  En  ce
sens,  la  défaite  des  Italiens  lui  a  ouvert  la  route.
L’Afrique  est  ainsi  de  plus  en  plus  le  théâtre  essentiel  de
son  activité.  De  l’Algérie  et  du  Maroc  au  Sénégal  et  au
Congo,  elle  enveloppe  et  elle  pénètre  de  toutes  parts  les
pays  africains  de  l’Islam.  Elle  possède  presque  tout  le
domaine  musulman  de  l’Afrique  occidentale  ;  elle  a  toujours ­
  de  l’influence  en  Egypte  ;  elle  est  en  Syrie  comme
une  protectrice  séculaire  et  complète  son  antique  influence
religieuse  par  le  développement  de  ses  intérêts  économiques
et  la  propagande  de  ses  principes  de  liberté.  Son  action
sur  rislam  est  plus  grande  même  que  celle  de  l’Angleterre.
Ce  n’est  pas  qu’elle  puisse  songer  à  reprendre  le  rôle  des
Croisés  du  moyen  âge.  11  ne  s’agit  pas  de  pousser  contre  le
Soudan  musulman  quelque  chevauchée  suprême,  quoiqu’il
s’agisse  bien  d’en  finir  avec  la  traite  des  nègres,  avec  la
barbarie.  Il  n’est  pas  encore  prouvé  que  l’Islam  soit  réfractaire ­
  à  toute  amélioration  sociale  ou  morale.  Des  écrivains ­
  catholiques  lui  consentent  sa  place  dans  le  plan  providentiel ­
  ;  ils  le  jugent  capable  de  préparer  à  la  civilisation
les  peuples  les  plus  barbares  et  notamment  les  Africains.
Ces  peuples,  qu’il  faut  amener  du  fétichisme  au  monothéisme, ­
  ont  besoin,  dans  leur  degré  inférieur  de  culture,
dans  leur  sensualisme  brutal,  de  cette  transition,  ou  d’une
transition  analogue  pour  arriver  au  christianisme*.
Comment  passeront-ils  ensuite  du  Coran  à  l’Evangile?
L’histoire  ne  donne  pas  de  réponse  à  cette  question.  Au
contraire,  jusqu’ici  l’Islam  et  le  Christianisme  paraissent
impénétrables  l’un  par  l’autre.  Cependant  la  France,  qui
gouverne  depuis  un  demi-siècle  de  nombreux  peuples  mui.

  Cf.  IL  de  Castries,  L’Islam,  p.  233
            
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