INTÉGRITÉ ET RÉFORME DE L’EMPIRE OTTOMAN. 383
tude, qui n’est que l’instinct de la conservation, des États
des Balkans. Déçue comme la France en Italie, elle
renonça un moment aux « guerres de magnificence », et
reprit la conquête des vastes solitudes de l’Est asiatique :
l’Inde et la Chine lui firent oublier pour un temps Sainte-
Sophie. Moins ennemie ainsi de l’Autriche, il lui était pos
sible de même de s’allier à la France.
IL — Intégrité et Réforme de l’Empire ottoman.
Quant à la politique de la France, il y faut insister,
d’abord parce qu’il s’agit de la France, ensuite parce
qu’elle a joué et joue un rôle prépondérant dans le Levant,
qu’elle parut souvent être la pierre angulaire de l’édifice
singulièrement instable de l’entente européenne, qu elle
seule en a hautement formulé maintes fois le principe, a
dit sa pensée : l’intégrité de l’empire ottoman.
Une telle politique se peut autoriser de lointaines et
précieuses traditions ; elle remonte à François I", et toute
la diplomatie du xvii® et du xvin® siècle s’en inspira. L’en
nemie séculaire de la France fut alors la maison d’Autri
che, qui, maîtresse un moment de l’Espagne, de l’Italie,
des Pays-Bas, titulaire de la couronne impériale d’Allema
gne, menaçait l’équilibre de l’Europe et la sécurité parti
culière de la France. Contre elle, pour la prendre à revers,
les Capétiens s’aidèrent de la Suède, de la Pologne et de la
Turquie. Ils dressèrent la barrière de l’Est, et ils n’eurent
longtemps qu’à se louer de cette conception diplomatique.
Au xviii® siècle elle parut moins heureuse. La barrière
s’effondra par larges brèches sous les efforts de la Russie :
la Suède fut rejetée au nord ; la Pologne succomba. La
France pourtant s’attacha encore à l’alliance ottomane,
pour contenir la Russie et pour sauver son monopole com
mercial dans le Levant.
Napoléon indiqua une voie nouvelle, parut résumer tout
le passé et préparer tout l’avenir. Tant qu’il fut en guerre
avec la Russie, il soutint l’empire turc, il en répara les
lézardes, il le releva et lui donna quelque apparence. A
Tilsit, il conçut l’alliance russe, et de ce fait, abandonna le
sultan, prêt à lui donner le coup mortel. A une situation
nouvelle, en effet, il fallait une méthode nouvelle, et celle
de François I*® et de Richelieu ne pouvait s’adapter à tou
tes les circonstances. Il ne s’agissait plus désormais d’écar-