Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LE  RECUL  DE  L’ISLAM.

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comme  la  Russie  au  nord  en  Asie.  Elle  fut  longtemps,,
dans  cette  politique  aux  vastes  pensées,  leur  commune
rivale.
Et  en  Europe  enfin,  le  sultan  turc,  resté  un  étranger,,
un  barbare,  recula,  malgré  ses  ruses,  ses  colères,  malgré
les  querelles  des  chrétiens.  Il  perdit  la  Hongrie  et  la  Crimée ­
  au  xviii'  siècle,  puis  la  Grèce,  la  Serbie,  le  Monténégro, ­
  puis  la  Roumanie,  puis  la  Bulgarie  et  la  Roumélie
orientale.  11  fut  enfermé  dans  Constantinople.  Il  n’y  resta
que  parce  qu’on  ne  savait  par  qui  le  remplacer,  et  que  sesfolies
  criminelles  n’avaient  pas  encore  lassé  la  patience
des  grandes  puissances.
Napoléon  déjà  avait  mesuré  tout  ce  champ  de  la  question
d’Orient.  Il  avait  poussé  la  France  en  Egypte,  vers  Suez  et
la  mer  Rouge,  pour  tendre  la  main  à  Tippoo-Sahib.  Il  avait
poussé  la  Russie  vers  l’Inde,  et  rêvé  de  retrouver,  par-dessus ­
  l’Iran,  les  traces  d’Alexandre-Ie-Grand.  Il  avait  jugé
mure  la  question  de  Constantinople,  prononcé  la  condamnation ­
  capitale  du  sultan.  Car  cet  homme  étrange  toucha
tous  les  problèmes  politiques;  son  génie  projeta  en  tous
sens  de  lumineuses  clartés  dans  les  mystères  de  l’avenir.
Ainsi  les  trois  termes  de  la  question  d’Orient  furent  dès
lors  fixés  :  le  Pamir,  au  delà  duquel  sont  accumulés  les
incomparables  trésors  de  l’Inde  et  de  la  Chine  ;  —  le  Nil
et  la  mer  Rouge  ;  —  Constantinople  et  les  Détroits,  qui
sont,  au  nord  et  au  sud  de  la  Méditerranée,  les  deux  traits
d’union  de  l’Europe  à  l’Asie.
Or  le  sultan  tenait,  directement  ou  indirectement,  ces
deux  routes,  et  ainsi  il  portait  tout  le  poids  de  cette  poussée ­
  de  l’Europe  vers  l’Est  lointain.  Il  y  résista  selon  ses
moyens,  souvent  par  le  mensonge  et  le  meurtre.  Tantôt  il
endormait  les  gouvernements  européens  par  d’éloquentes
promesses  de  réformes  ;  il  leur  faisait  croire  qu’il  adopterait ­
  leurs  lois,  leurs  mœurs,  leur  système  d’éducation,
toute  leur  civilisation.  Tantôt  quand  il  pensait  pouvoir
sans  danger  se  laisser  aller  à  son  naturel,  il  massacrait  :  à
dates  quasi  régulières,  il  répondait  de  cette  façon  aux
plaintes  de  ses  sujets  pillés,  et  cette  tradition  était  si  bien
établie  dans  ce  pays  que  ses  souverains  réputés  les  plus
libéraux,  les  plus  totérants,  ses  «  réformateurs  »,  y
avaient  sacrifié.  Mahmoud  massacra  les  Grecs;  Abd-ul-Medjid
  massacra  les  Crétois  ;  Abd-ul-Aziz  eommença  le
massacre  des  Bulgares.  Il  est  vrai  que  les  massacres  les
            
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